« Expier les péchés » : non, merci !

Le Christ, nouvel agneau, a pleinement accompli le rituel du Grand Pardon  

« Dieu a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10, traduction TOB). Ces mots passent très mal aujourd’hui. À juste raison ! Car ils évoquent une théologie de la souffrance, voulue par Dieu et méritoire… qui n’est pas biblique. La plupart des traductions utilisent le mot « victime ». Or dans le texte grec ce mot n’y est pas ! Littéralement, le texte dit : « Dieu a envoyé son fils, propiation pour nos péchés ». Ce terme dit bien une action en notre faveur : Dieu nous est propice, favorable. Le mot renvoie au rituel du Grand Pardon (Yom Kippour) décrit en Lévitique 16 et 17. Toute la vie de Jésus, jusqu’à la croix est lue symboliquement comme similaire au rituel du Grand Pardon, mais c’est un « Grand Pardon » définitif ! Par sa vie, sa mort et sa résurrection Jésus a accompli de façon définitive et pour tous, l’équivalent du rite qui attestait le pardon au peuple juif. La mort de Jésus sur la croix n’est pas littéralement un sacrifice. Mais l’aboutissement de ce meurtre commis par les hommes est interprété ici comme le rituel du Grand Pardon : la résurrection de Jésus est attestation définitive du pardon. Dieu retourne la violence meurtrière en offre de vie et de pardon pour les hommes coupables.
La formule « Dieu a envoyé son Fils, propitiation pour nos péchés » renvoie au fait que Jésus est de façon symbolique, aussi bien comme le Grand Prêtre qui accomplit activement le rite, que comme l’animal sacrifié, que comme le couvercle (kappar, d’où Yom Kippour) où est versé le sang, lieu de « contact » entre l’homme et Dieu. Bref, accentuer le seul aspect de la victime sacrifiée est abusif !
Jésus : pas seulement un esprit !
De plus, dans le Nouveau Testament, le langage sacrificiel pour interpréter la croix est un langage parmi d’autres et il est minoritaire. Ajoutons que l’auteur de la 1ère lettre de Jean combat des adversaires qui lisent l’évangile de Jean en évacuant la dimension pleinement humaine de Jésus. Ceux-ci nient la pleine réalité corporelle de Jésus et donc de sa souffrance et de sa mort. Aussi, l’auteur insiste-t-il sur la réalité concrète de la mort de Jésus. Il n’était pas un pur esprit ! Il a corporellement enduré les conséquences du péché humain. L’accent de notre passage porte clairement sur l’amour de Dieu : « Voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous… » (1 Jn 4, 9-10) Et notez le parallèle :
V 9 : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui.
V 10 : Dieu a envoyé son Fils propitiation pour nos péchés.
Toute une tradition théologique (Anselme de Canterbury XIe) et liturgique, qui n’est pas fidèle à la Bible, focalise l’attention sur une soi-disant nécessité de la souffrance pour que Dieu daigne nous pardonner ! Non ! Le Père plein d’amour pour nous donne ce qu’il a de plus cher pour dénoncer et, mystérieusement, mais souverainement, vaincre notre violence et notre mort. Le Fils, par amour, volontairement, va jusqu’au bout de son témoignage d’un Dieu de grâce, pour être vie et pardon pour nous.

 

 

 

 

 

 

 

TEXTE LITURGIQUE

 

Un jour au milieu de nous
Il y eut un homme de chair et de sang,
Un homme perdu dans la masse des pauvres.

 

Ton Esprit s’est posé sur lui.
Il se disait le Fils de l’Homme ;
Il t’appelait son Père,
on l’appelait Jésus.
Nous apprenons de lui
qu’il a un Nom : « Dieu avec nous »
Dieu dans le monde, Dieu Sauveur.
Parce qu’il a été cette voix dans un corps,
douce et fraternelle à nos oreilles,
parce qu’il a été un ami,
nous montrant ta fidélité envers les petits et les pécheurs,
nous pouvons te bénir…

 

Extrait Préface 1 Liturgie ERF 1996

 

 

 

#Spiritualité

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Le royaume est en germe
Spiritualité
Le royaume est en germe
Je me souviens lors d’une visite de ce que m’avait dit une vieille dame de 99 ans : « vous faites le métier le plus difficile du monde, vous ne voyez jamais le résultat de ce que vous semez ».
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Prier pour et avec la création
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Pour prier avec et pour la Création, ce mois-ci c'est Charlotte Mijeon, de la paroisse de Laval, qui nous propose une prière :
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Au fil de la Bible
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Il est parfois important, notamment avec des textes qui nous semblent connus (je dis bien « semblent » !) de prendre le temps nécessaire pour s’y replonger. Vraiment. Pas seulement rapidement pour se précipiter sur « la morale de l’histoire ». D’autant plus que bien souvent, de morale, il n’est pas question dans les histoires bibliques.
Dieu seul est Dieu
Actualité du protestantisme
Dieu seul est Dieu
« À Dieu seul la gloire. » Ce principe du protestantisme est parfois méconnu ou oublié, dans l’ombre des trois autres : la grâce seule, la foi seule, l’Écriture seule. Peut-être parce que l’on n’en saisit pas immédiatement la portée concrète et existentielle, pour la vie du croyant, de l’Église, et même de la société.
La montagne au cœur de la spiritualité
Spiritualité
La montagne au cœur de la spiritualité
Pourquoi, malgré les conditions parfois si difficiles, malgré la fatigue, et parfois de graves incidents, pourquoi part-on en montagne ? Qu’allons-nous chercher là-haut lorsque l’on est des amateurs, sportifs certes, mais pas des professionnels de haut niveau ? Et que trouvons-nous finalement, en quoi cela nous fait-il avancer et nous construit-il intérieurement ?
Déplacer les montagnes
Enfants
Déplacer les montagnes
Toujours dans le thème de la montagne comme lieu de spiritualité, voici une page dédiée aux enfants.
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
Actualité
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
On a peine à imaginer l’impact produit par l’œuvre conduite durant 25 ans par le réformateur Calvin dans l’élaboration du Psautier de Genève (l’appellation « Psautier huguenot » est plus tardive). Il fait mettre en rimes et en musique les psaumes pour les faire chanter par toute l’assemblée des fidèles.
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Actualité
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Chanter ensemble les psaumes, c’est faire l’expérience d’une prière partagée à partir d’un héritage biblique commun. L’Amitié judéo-chrétienne de Besançon invite catholiques, protestants, orthodoxes, juifs et syriaque-chaldéens à se rencontrer dans l’écoute, le respect et l’amitié, au service du dialogue interreligieux et de la lutte contre l’antisémitisme.
Pain quotidien : lectures de la Bible
Bible
Pain quotidien : lectures de la Bible
Les textes pour la lecture quotidienne de la Bible suivent la liste proposée par la Communauté de travail œcuménique pour la lecture de la Bible. Elle permet de parcourir une fois l’Ancien Testament et deux fois le Nouveau Testament en huit ans.