Avec son premier film tourné aux États-Unis, 3e Prix du Jury à Cannes 2016, elle a choisi, alertée par une enquête du New Yorker sur la persistance de groupes de démarcheurs composés de jeunes gens du quart-monde blanc (« poor white trash ») envoyés par d’obscures sociétés pour vendre au porte à porte des abonnements à des magazines, de partager son quotidien avec l’un de ces groupes sur les routes du Midwest.
Le film commence de façon saisissante : une toute jeune fille, Star, fait les poubelles quelque part en Oklahoma avec deux gamins de 10 ans pour alimenter le frigo d’un appartement minable qu’elle partage avec un père pédophile et une mère alcoolique et/ou droguée. Jusqu’au jour où, brûlante d’indépendance, elle répond à l’appel d’une joyeuse bande de marginaux nomades, notamment de Jake, beau parleur au charme roublard et meilleur vendeur de la troupe, et les rejoint dans la camionnette qui les emmène vers Kansas City. Dès lors, ces millenials à la dérive (jeunes nés dans les années 1980 à 2000) – qui opèrent en bande, travaillent dur, se vendent eux-mêmes à l’occasion, et sont dirigés d’une main de fer par Krystal, cheffe gothique et défoncée de cette petite entreprise –, tournoient en un road movie effréné, dont Star adopte rapidement le style de vie dépourvu de tout cadre, rythmé par des soirées arrosées, des petits méfaits et des histoires d’amour.
Le tournage en lumière naturelle crée une réelle intimité avec les émotions de ces jeunes sans espoir. Les images caméra à l’épaule, les plans rapprochés et le format « carré » permettent de se concentrer sur les visages et la vibration des personnages qui expriment la vérité du quart-monde des États-Unis, une sous-culture largement ignorée, pétrie de pauvreté, de drogue, de sexe, et baignant ici dans la musique country et le trap (rap du sud). Certes, on peut contester l’intention de faire un spectacle de la faillite du rêve américain, mais l’authenticité de l’étude sociologique et le talent des trois protagonistes – Shia LaBeouf en Jake, Riley Keough en Krystal, et surtout Sasha Lane, qui débute, en Star – emportent le spectateur de ce film déjanté plein de vitalité et de poésie. Enfin, la caractérisation réussie des personnages du film, dont beaucoup ont été trouvés dans des castings sauvages, permet d’oublier la maîtrise inconstante de la conduite narrative.
