Vie de couple en CDD

La société de consommation conduit certaines personnes à user de leur vie conjugale comme d’un stylo jetable. Leur couple pourrait se résumer ainsi : entre passion et désunion. Mais on peut aussi choisir de connaître son couple et de le construire.

En 1950, la commercialisation du premier objet de consommation de masse à usage unique, le fameux stylo Bic, ouvrait une ère nouvelle, celle du tout jetable, du tout remplaçable… Jusqu’à l’homme lui-même dont le travail dépend aujourd’hui davantage des cotations boursières que de la bonne santé effective de l’entreprise qui l’emploie. Tout se vivrait donc à l’aulne du tout économique ? Du profit ? Peut-on oser proposer un parallèle avec ce que l’on pourrait bien appeler l’économie amoureuse ? Aurait-on réussi à transformer l’aventure d’une vie à deux en contrat à durée déterminée ?

 

L’amour se consomme

 

Les statistiques des séparations conjugales et la réduction de la durée de vie des couples actuels le laissent à penser. L’amour s’abîme, ne fait plus rêver ? Qu’importe, on le jette, on le remplace. Si juridiquement les démarches de séparation sont simplifiées et plus rapides, dans l’air du temps donc, l’amour réduit à un bien de consommation pose question. Les histoires commencent souvent ainsi : une rencontre vécue comme un coup de foudre, une relation vite passionnelle. Un enfant agrandit ce bonheur à deux un moment puis, le quotidien un peu morne prend le dessus, avec ses exigences, son équilibre à sauvegarder… La lassitude s’installe et son cortège de frustrations, jusqu’aux petites infidélités, que l’on finit par s’avouer d’ailleurs, façon Confessions intimes. Jusqu’au jour, où sans dispute ni drame, on acquiert la certitude qu’il vaut mieux se séparer pour le bonheur de chacun, y compris du petit (sic).

 

L’amour n’est-il que passion ?
©Domaine public

L’individualisme conjugal

 

Ou l’illustration parfaite du bien-vivre actuel, de la réalisation de soi prônée dans notre société. Une logique individualiste dans laquelle la poursuite du bonheur vient se heurter à une obsession narcissique et à l’envie d’éprouver, de combler un désir jamais assouvi. Ah ! l’illusion de la liberté qui ne souffre aucune entrave, ou l’ombre d’un compagnonnage. L’amour, peut-il s’épanouir lorsqu’il représente la somme de deux égoïsmes, de deux individus autocentrés ? S’est-il donc à ce point transformé pour n’être envisagé que sous l’angle de la passion vécue à l’écart des contraintes, des critiques, des transformations ?

 

Résister à la tentation

 

Nous cherchons en fin de compte un double qui nous laisse suffisamment de champs libre pour nous épanouir sans lui. Complexe n’est-ce pas ? Et encore faut-il ajouter à cela la réserve quasi illimitée de célibataires disponibles sur les applis de rencontre. Comment résister à la tentation ? Comment croire qu’il n’y a pas mieux ailleurs ? Peut-être que ce qu’il manque, comme l’écrit le psychothérapeute Frédéric Fanget, c’est de considérer un couple comme une aventure à trois : toi, moi et puis notre relation. Si pour beaucoup, il vaut mieux désormais chercher à former un couple heureux, un volet est pourtant absent de leur projet, celui de l’engagement. Pas de contrat, mais un engagement volontaire librement consenti, sans arrêt renouvelable, qui demande des efforts, comme celui d’aimer l’autre en vérité, pour ce qu’il est ou ce qu’elle est et pas simplement pour ce qu’il peut bien m’aider à réaliser !

 

 

 

 

 

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