Pendant ce temps au Congo …

Originaire du Bocage normand, Salomé Fels continue sa route comme envoyée du Service protestant de mission - Défap au Congo Brazzaville. Une découverte de l’Afrique pleine d’odeurs et de saveurs

Jusqu’à aujourd’hui, on m’avait souvent raconté l’Afrique au travers des pages d’un livre, mais surtout dans les témoignages et photos collectées par certains de mes proches au cours de leur périple. Il y a deux mois, j’embarquais pour le Congo-Brazzaville avec mon sac à dos sans vraiment savoir à quoi m’attendre ni quelle serait ma mission de santé sur place, mais avec ce désir de rencontrer et de partager des moments de vie avec d’autres personnes. 

 

On l’a connu plein à craquer au départ de Paris – Charles de Gaulle, il a perdu du poids quelques jours après avoir débarqué au Congo-Brazzaville et aujourd’hui il se remplit peu à peu. Séjournant maintenant à Brazzaville depuis deux mois et deux semaines, au fil des jours, des paysages, des goûts, des visages, des paroles, des souvenirs et des sourires ont commencé à se faire une place dans une poche de mon sac à dos. Que c’est agréable de se promener avec son sac à dos sur les routes de la vie « car le nomadisme garantit la possibilité toujours renouvelée d’une rencontre » (1). 

 

On ne trouve pas toujours les mots pour exprimer ce qu’on ressent ni pour décrire ce qu’on vit, mais je tenterai ici de vous dessiner, raconter, peindre mon quotidien depuis deux mois. 

 

Travail au sein du département santé 

 

Nous sommes trois à partager cette aventure d’au-delà du continent. Trois femmes avec une personnalité différente, arrivant d’horizons divers et variés et exerçant chacune au sein du département santé de l’Eglise Evangélique du Congo des missions particulières. Alors que Marine s’applique à accompagner les soignants dans leurs consultations et leur prise en charge sanitaire, Jennifer potasse des articles, études et autres documents afin de comprendre au mieux comment mener à bien les projets sanitaires de l’Eglise. Tandis que de mon côté, veiller sur des médicaments et tenter de réduire les situations de handicap que rencontrent des enfants, des femmes, des hommes et des personnes du troisième âge fait partie de mon quotidien. Chaque jour est différent et je m’efforce de prendre le temps d’être là aujourd’hui et maintenant pour accompagner chaque personne que je rencontre dans ma mission, même si on doit accepter de faire face à quelques obstacles de temps en temps !

 

Une vie colorée

 

Si je devais vous dépeindre ce que je vis ici uniquement à travers mes yeux je vous proposerais tout d’abord de fermer les vôtres. Imaginez maintenant une vie colorée, des pagnes avec lesquels les gens enveloppent leur corps jusqu’aux taxis et bus. Imaginez aussi à la nuit tombée comme en plein milieu de la journée, les ngandas – bars – des quartiers se remplir au son des musiques africaines et du monde. On s’y retrouve pour se rafraichir autour de 60cl de bière fraiche confortablement assis sur des chaises en plastique bleues sponsorisée par Primus, une des bières congolaises. A quelques pas de là, on peut se laisser tenter par des grillades accompagnées de manioc, bananes ou riz ou bien préférer un œuf dur ou un mété – pate à base de courges – vendu par des mamans dans la rue. Imaginez enfin des rues ponctuées de dessins traduisant artistiquement la nature de la boutique. Les enseignes de magasins n’ont pas fini d’attirer mes yeux dès lors que je sillonne les rues de Brazzaville. 

 

A côté de ça, il y a la pluie paralysante qui remet en perspective tout votre programme quand elle se présente, il y a le fait d’être une femme mundele – blanche – qui dénote dans le paysage congolais, il y a aussi le fait de se rendre compte que parfois la différence de culture nous rattrape. Mais somme toute, Brazzaville est une ville où il fait bon vivre ! J’attends impatiemment de partir en brousse pour découvrir la campagne congolaise ! 

 

« On est ensemble » 

 

Pendant mes premiers jours dans ce pays d’Afrique centrale, mes yeux s’étaient arrêtés sur une phrase parmi tant d’autres dans un livre relatant une conférence œcuménique s’étant déroulée il y a quelques années, « Partageons d’abord qui nous sommes avant de partager ce que nous avons ». Parce que partager c’est donner et recevoir, parce que partager c’est découvrir chaque jour à travers les yeux, les goûts, les paroles de l’autre. En regardant le chemin que j’ai parcouru jusqu’à aujourd’hui dans ce pays, je me rends compte de la richesse des rencontres qui ont ponctué ma route. Prête à partager une table, un pain, une recette, un chant, une prière, ou tout simplement un bonjour, chaque personne témoigne de l’amour de son prochain.

 

Pour que vous puissiez découvrir le pays à travers mon odorat, je vous conseillerai plutôt de demander à une personne qui a un nez fonctionnel avec des cellules olfactives développées. 

 

Lors de la préparation à l’envoi en mission et inévitablement dans la vie courante on aborde l’interculturalité, la différence de perception du temps, etc. Et perdu dans ce bain de cultures, certaines expressions viennent effleurer nos oreilles comme autant de lumières/richesses dont on voudrait se souvenir pendant longtemps. J’ai été touchée lorsque pour la première fois et après avoir longuement discuté avec quelqu’un et au moment de se quitter celle-ci m’a dit « on est ensemble ». Convergence harmonieuse de mots pour témoigner des retrouvailles qui suivront prochainement cette séparation. 

 

En définitive, le pourcentage d’imprévisibilités quotidiennes, les expressions ou proverbes africains, les enseignes de boutique, la franchise des gens et les cultes n’auront pas fini de me surprendre et de m’étonner ! Mais c’est ça qui me donne envie de poursuivre cette rencontre interculturelle.

 

J’ai toujours refuser d’utiliser le terme de partir en mission, mais j’ai préféré continuer ma route vers une nouvelle destination, parce personnellement il ne s’agissait pas de quitter quelque part mais plutôt d’aller découvrir autre chose. 

 

Ainsi, loin de la pluie et de la verdure normande, j’essaye de « vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » comme l’a enseigné Gandhi et comme me l’a transmis une petite paroisse du Bocage Normand qui entreprend de mettre ces paroles en pratique dans sa vie d’Eglise ! 

 

Bonne route à vous et que jusqu’à nos retrouvailles, Dieu vous garde au creux de sa main !

 

Salomé Fels

 

 

(1)L’intranquillité, Marion Muller-Colard, (2016).

 

 

 

 

 

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