Des esclaves libérés et accompagnés sur les chemins de la liberté

L’esclavage est aboli en France depuis 1848 et bien sûr au Sénégal, dépendance française. Mais, en 1882 l’esclavage règne toujours dans des contrées voisines. Le Sénégal devient alors terre de refuge pour esclaves fugitifs.

Dans son livre, Le grand siècle d’une mission protestante, paru aux éditions Karthala en 1993, Jean-François Zorn explique : En principe tout esclave mettant le pied sur un territoire sous contrôle français devient libre… mais un décret… accorde aux propriétaires d’esclaves un délai de trois mois au cours duquel ils peuvent venir les rechercher et même les réclamer aux établissements qui les protègent.

 

 Un pasteur africain

 

Walter Taylor est né en 1847 en Sierra-Leone. Il dirige à Saint-Louis du Sénégal l’Asile des Esclaves fugitifs de Saint-Louis qu’il a fondé pour recueillir ces esclaves qui fuient et viennent au Sénégal pour trouver asile. Walter Taylor est en 1882 le seul Africain à avoir reçu la consécration pastorale, (en l’Eglise de l’Oratoire du Louvre, à Paris, le 4 juillet 1878). Il est donc missionnaire dans le cadre de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) qui deviendra en 1971 le DEFAP. À l’occasion de sa consécration il fait des tournées en France. À la suite de ses conférences plaidant la cause des esclaves, se créé le Comité de la SMEP à Bordeaux qui réunit des fonds par la collecte de timbres usagés (c’est l’origine de la philatélie au Défap), fonds dédiés à la lutte anti-esclavagiste et au rachat des esclaves fugitifs.

 

Sur le Certificat de liberté d’un enfant, on peut lire : Le nommé Diéry Sidibé, né à Bagnasalala, pays de Ouasoulou, âgé d’environ 8 ans, fils de Malal Sidibé et de Lousoula, a droit à la liberté, au nom du peuple français, nous président de la cour d’appel du Sénégal, chef du service judiciaire, en vertu de l’article 7 du décret du 27 avril 1848, déclarons libre le dit Diéry Sidibé, et le confions à M. Taylor, pour la mission protestante. Saint Louis, le 2 octobre 1862.

 

 Des épreuves

 

Une belle histoire certes, mais pas seulement. Une triste histoire également. Car la Mission du Sénégal a toujours connu des épreuves, un renouvellement trop fort de ses missionnaires, des décès dus à la maladie, un de ses envoyés assassiné (à Madagascar), des conflits d’autorité au sein des équipes de missionnaires envoyés par la SMEP, des tensions fortes entre les missionnaires envoyés et le Comité de Paris… Lorsqu’en 1878 Walter Taylor, icône de la Mission (« fils d’esclave libéré devenu missionnaire »), faisait des conférences en France pour soutenir ses actions au Sénégal, il était vertement critiqué par Eugène Casalis, directeur de la SMEP à l’époque : N’encouragez pas des envois directs pour telle ou telle œuvre spéciale. S’il y a des dons faits pour un objet particulier, il faut qu’ils passent comme les autres, par les mains des trésoriers [de Paris] sans quoi les fonds généraux en souffrent et les contributeurs finissent par s’ingérer dans la direction de l’œuvre ». Enfin, en 1890, la Société des Missions de l’époque, et son directeur, Alfred Boegner s’opposèrent à Walter Taylor considérant que l’œuvre humanitaire avait supplanté l’œuvre apostolique. Walter Taylor remet alors sa démission en janvier 1891, qui n’est, je cite « ni acceptée, ni refusée » eu égard aux immenses services rendus par Walter Taylor à la Mission de Paris. Mais Walter Taylor quitte alors le Sénégal après que son honneur et sa probité même aient été mis en cause. Et pour finir, c’est un « constat d’échec » pour la Mission au Sénégal, communément admis par les responsables de la Société des Missions de Paris à l’orée du XXe siècle. Alors belle histoire ou triste histoire ? Une histoire simplement emblématique de ce qu’est la Mission, hier et aujourd’hui. Une histoire d’hommes et de femmes, d’horizons lointains et de salles paroissiales (les timbres de la Mission !), d’envois évangéliques et d’aventures personnelles, une histoire dont nous sommes redevables.

 

 Un enfant libre

 

Wilfred Monod en 1912 écrit, dans son ouvrage Prière et silence paru à la Librairie Fischbacher : Parfois il est vrai, nos efforts échouent contre l’écueil d’un caractère difficile, ingrat… persévérons dans la confiance ! N’aggravons pas les choses par notre inquiétude, notre indignation, notre chagrin… Haussons-nous, par la foi, à cet état de sublime indifférence qui rappelle un ciel bleu de juin au-dessus d’un faubourg sordide. En Dieu, nous sommes invulnérables. L’Éternel, en nous, est patient ».

 

Malgré ces écueils, le jeune Diéry est maintenant un enfant libre. Le pasteur Walter Taylor le tient par la main pour l’aider à vivre libre. Il lui parle aussi d’un homme, Jésus, qui vécut en Palestine, et qui annonce à tous les hommes que c’est d’amour qu’ils peuvent vivre. Dans la Bible qu’il va apprendre à lire, le petit Diéry découvre les histoires belles et tristes de Pierre le pêcheur, de Zachée le péager ou de la pauvre veuve qui donne des sous. Il va rencontrer ainsi l’homme Jésus, le Christ. Et Diéry alors entendra qu’il est aimé, au-delà de sa vie, par le Dieu de ce Jésus. Celui-là même au nom duquel la Mission du Sénégal a été fondée.

 

Voir aussi les expositions virtuelles sur le site du DEFAP : http://www.defap-bibliotheque.fr/fr/

 

 

 

 

 

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