Choisir la non-violence

Alors que les conflits ne cessent d’éclater dans le monde, la non-violence peut-elle endiguer leur prolifération ?

Dans un temps où les menaces de toutes sortes pèsent sur le monde, où les nations petit à petit se réarment, un temps où la violence est de plus en plus exacerbée, véhiculée par des meneurs qui ne trouvent de salut et de réponse à la complexité du monde que par la force, j’aimerais m’arrêter un moment sur la démarche non violente. Pas simplement comme méthode d’action mais parce qu’elle me semble la réponse la plus juste pour contrer toute tentative de résolution des conflits par les armes, porte ouverte à la répétition sans fin de la violence. Je veux ici trouver des raisons d’agir de façon non violente, d’autant que l’Évangile nous invite à examiner cette voie.

De la violence au droit
La non-violence trouve sa raison d’être dans sa capacité/obligation d’extirper – ou du moins de rompre – le cercle vicieux de la violence là où le mal est reproduit sans fin. Le mal provoque le mal, la haine la haine. Un coup donné, c’est à coup sûr deux coups rendus. Seuls le droit et la justice peuvent contenir la violence. C’est pourquoi la guerre cristallise toutes les violences car, avec elle, il n’y a plus ni règles ni droits. Et nous avons constamment sous les yeux les conséquences épouvantables des faits de guerre. La non-violence est donc une option non seulement possible mais obligatoire pour sortir l’humanité de la barbarie de la violence. Selon Adin Ballou, pasteur américain du XIXe siècle, « on ne peut chasser Satan par Satan, on ne peut purifier la fausseté par la fausseté (…). La véritable non-violence est la seule vraie méthode pour s’opposer au mal ».

Là où la violence nous jette dans le monde de l’arbitraire, la loi de la jungle où la force est la seule norme, la non-violence nous oblige à tirer l’homme de la barbarie pour l’élever à sa dimension humaine, prendre le chemin de l’humanisation, mettre en place un cadre législatif qui protège les individus les uns des autres, une résolution des conflits par le droit. Le philosophe Jean-Marie Muller, qui fut directeur d’études à l’Institut de recherche sur la résolution non violente des conflits, dit ceci : « lorsque l’homme prend conscience de la violence comme d’une perversion radicale de la relation à l’humanité (…) il découvre qu’il doit lui opposer un non catégorique (…). L’Homme devient alors capable d’affirmer que l’exigence de non-violence fonde et structure l’humanité de l’homme. »

Appliquer la loi morale à sa vie
L’homme se définit par l’humanité ; mais il y a en lui une bonne part d’inhumanité. L’humanisme signifie, en effet, que l’homme est un être libre, qui a l’obligation d’appliquer la loi morale à sa vie, de traiter son semblable comme une fin en soi. Dit autrement, l’agir libre et volontaire de l’homme doit se fonder sur des principes moraux et juridiques qui régissent le vivre-ensemble dans l’esprit de la paix (Kant). Comme le souligne le psychiatre et philosophe Patrick Juignet dans son article « Humanité ou sagesse ? », pour le site philosciences.com, « face à la barbarie, l’humanisme doit être défendu. Il ne s’ impose certainement pas de lui-même. Seules les institutions politiques, si elles sont justes et soutenues collectivement, peuvent contenir les brutes et les tyrans. Contre la résurgence incessante de la violence, de l’égoïsme, de l’avidité pour le pouvoir et l’argent, il faut des institutions poli- tiques contenantes ».
L’enjeu est particulièrement important actuellement, tant le droit est bafoué, et ce à tous les niveaux. L’homme ne peut contenir sa propre violence que par le respect de l’individu, la garantie et la protection des droits et chartes qui unissent les peuples. Les Nations unies doivent rester ce lieu de discussion et de résolution des conflits. À ce titre, il serait absolument souhaitable et prioritaire d’engager des discussions sur les limites à l’armement. Tendre vers la paix et le dialogue entre les peuples, c’est d’abord supprimer les armes de la violence.

Jésus, premier non-violent
Cependant, en tant que croyant, l’attachement au Christ et l’obéissance à son enseignement sont une motivation supplémentaire dans la recherche de l’action non violente. Nous sommes invités à rechercher, en toutes occasions, la voie de la paix et de la réconcliation. En effet, comme l’a montré la théologienne mennonite Marie-Noëlle von der Recke dans son article « Les fondements bibliques de la non-violence », « le choix de Jésus en faveur de la non-violence se manifeste dans des moments cruciaux de son ministère : à plusieurs reprises, il échappe à ses ennemis (Lc 4.30, Mt 12.15, Jn 8.59, 10.39). Il empêche ses disciples de faire appel à la violence ou d’en faire usage (Lc 9.51-56, 22.51b, Jn 18.11). Lors de son arrestation et de son procès, il supporte les mauvais traitements, les calomnies et les insultes sans se défendre (Mt 26.50-56, 27.27-30). Enfin, il accepte de subir le supplice de la crucifixion (Mt 27.31s). 1 Pierre 2.21-22 résume ce cheminement non violent. Deux situations semblent faire exception : le récit de la purification du temple (Jn 2.13-16) et la discussion concernant les deux épées (Lc 22.36-38). On notera que le récit de la purification du temple, s’il présente un Jésus énergique, armé d’une corde et qui a renversé des tables et dispersé des animaux, ne mentionne pas qu’il ait attaqué physiquement les vendeurs. Quant au récit des deux épées, il reste une énigme pour les exégètes de tous les temps. Lorsque l’une des deux épées blesse un serviteur du grand prêtre, Jésus guérit le blessé et condamne cette action dans les termes les plus clairs (Mt 26.52). »

Anticiper le Royaume et sa paix
D’autre part, la grâce reçue en Christ, le fait d’être aimé gratuitement, nous interdit toute stratégie de contrainte, d’imposition de ses propres vues par la force. En tant que citoyens du ciel et en même temps du monde, notre action dans le monde doit se laisser contaminer par l’exhortation à la paix qui caractérise le ciel. De même, nous sommes membres de la communauté Église, et cette dernière se doit d’incarner, par l’action des croyants, la nécessité de réconciliation, de pardon et d’accueil et en témoigner. La croix, symbole du don de la vie offerte, oblige le croyant à favoriser les initiatives qui élèvent, construisent, éduquent et non la voie de la contrainte et de la force. Enfin, l’obéissance au Christ dans le domaine de la non-violence est eschatologique ; dès maintenant, sur cette terre, nous anticipons, par l’action non violente, la venue du Royaume et sa paix.
Le théologien Jean Lasserre a résumé par cette formule cet attachement obéissant à l’Évangile du Christ :
« Le chrétien ne peut qu’aimer son prochain de l’amour même dont il a été aimé par son sauveur. Il doit faire rejaillir sur les autres l’amour dont il a été l’objet ; mieux encore : il doit lais- ser agir en lui et à travers lui l’amour même du Christ. »

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