« L’épreuve de votre foi produit la persévérance » (Jacques 1.3)

La génération née autour de la Seconde Guerre mondiale a connu les tickets de rationnement, les coupures d’eau et d’électricité, les files d’attente devant les magasins…

On s’organisait alors : remplir des bassines d’eau en réserve, élever poules et lapins, cultiver un coin de terre et faire des conserves, recycler tout ce qui pouvait encore servir. C’était une période d’entraide pour gérer la pénurie, et aussi de résilience face aux privations. « Car j’ai eu faim… » (Matthieu 25.42) : la Bible traduit par « faim » le mot grec peinia, qu’on peut rapprocher du latin penuria, qui désigne d’abord le manque de nourriture et que le français a élargi à toute forme de pénurie : d’essence, de médecins… et de pasteurs ! Le ventre peut avoir faim, mais on peut aussi avoir faim de nourritures spirituelles. 

 

Le manque de pasteurs n’est pas spécifique à notre époque et s’est par exemple manifesté avec acuité après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, générant abjuration forcée et exil de pasteurs. Mais on n’éradique pas la pensée. À côté des révoltes violentes des camisards combattant les forces royales, d’autres protestants ont cherché à se réorganiser clandestinement. Ce fut le cas de l’Ardéchois Antoine Court, qui a favorisé une approche pacifique et restauré le protestantisme par son engagement pastoral, ses réformes synodales et ses écrits pour défendre la tolérance religieuse. 

 

Notre époque est loin de vivre les moments tragiques de la période monarchique, mais il existe un point commun : la pénurie de pasteurs. Les causes actuelles tiennent sans doute à la déchristianisation, la sécularisation croissante de la société, les responsabilités et la charge mentale qui peuvent peser sur les épaules des pasteurs. 

Alors, que ferait un Antoine Court en 2026 ? On peut imaginer qu’il appliquerait mutatis mutandis des méthodes similaires. Une pénurie n’est pas seulement un manque de personnes et de vocations ; c’est un moment où un corps social cherche à se redéfinir : qui sommes-nous ? Que faisons-nous ? Comment le faisons-nous ? 

 

Finalement, une pénurie peut générer de l’autonomie et de la résilience, à condition de clarifier les priorités, de redistribuer les rôles, et de faire preuve d’innovation dans son organisation, comme l’avait fait Antoine Court au XXe siècle : c’est dans l’épreuve que la foi apprend la persévérance. 

 

#Région Est-Montbéliard
#éditorial #En région

Éditions Olivétan

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Rencontre avec Sylvie Crolle
Belfort
Rencontre avec Sylvie Crolle
Sylvie Crolle organise à Belfort un atelier d’écriture autour de cette question d’actualité : « La démocratie est-elle en danger ? »
Résistez
Région Est-Montbéliard
Résistez
Résister, ce n’est pas nécessairement sortir vainqueur d’une confrontation, ce peut être plus profondément garder sa liberté de conscience et ne pas perdre son âme.
Nouvelles de l’Église protestante unie en région Est-Montbéliard
Région Est-Montbéliard
Nouvelles de l’Église protestante unie en région Est-Montbéliard
La région Est-Montbéliard regroupe les paroisses luthériennes regroupées en 4 consistoires (Audincourt, Blamont, Héricourt, Saint-Julien) et les Églises réformées dans 2 consistoires (Franche-Comté et Vosges-Lorraine).
La théologie du potager
Région Est-Montbéliard
La théologie du potager
Quand cela a été possible dans les différents lieux où j’ai servi l’Église, j’ai eu à cœur d’entretenir un espace de verger ou de potager.
Un double anniversaire à Saint-Dié-des-Vosges
Saint-Dié-des-Vosges
Un double anniversaire à Saint-Dié-des-Vosges
L’année 2026 représente une année importante pour la paroisse protestante de Vosges-Meurthe. En effet, nous célébrons les 200 ans de la création de la paroisse de Saint-Dié ainsi que les 170 ans de l’inauguration du temple de Saint-Dié.
« Sais-tu que ? Chemin de merveilles » : des balades écospirituelles pour les familles
Héricourt-Saint-Julien
« Sais-tu que ? Chemin de merveilles » : des balades écospirituelles pour les familles
Ils ont eu beau regarder à droite puis à gauche, en bas puis en haut, le long des clairières et sur les côtés des sous-bois, rien n’y a fait : aucun œil parmi les quelques 60 présents ce matin-là n’a aperçu ne serait-ce qu’un bout de sabot de licorne… Ni même une oreille de Totoro ou de lion…
On a toujours fait comme ça…
Région Est-Montbéliard
On a toujours fait comme ça…
Cet été, entre deux romans, je suis tombée sur un petit livre de Philippe Delerm (Je vais passer pour un vieux con) que j’ai lu avec plaisir. Dans ce recueil, l’auteur commente des phrases toutes faites qui lui permettent de parler de lui de façon drôle ou mélancolique, avec ironie ou étonnement.
Aller à la rencontre
Région Est-Montbéliard
Aller à la rencontre
Au fil de mes rencontres, j’entends souvent dire que certaines personnes ne se sont pas senties accueillies ou accompagnées, que ce soit dans nos paroisses ou dans nos entraides, œuvres et mouvements et encore plus qu’elles n’ont pas reçu la visite qu’elles attendaient.
Le « chemin du paradis » à Lougres
Lougres
Le « chemin du paradis » à Lougres
À l’initiative des pasteurs de l’aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt, des visites de nos temples sont proposées.