Le fentanyl est un analgésique apparu aux États-Unis voilà un peu plus de dix ans. Après les pressions de Purdue Pharma auprès des médecins pour écouler leur OxyContin, le corps médical fait marche arrière et réduit les prescriptions de ce médicament hautement addictif. Les réseaux de la drogue perçoivent le marché potentiel : des centaines de milliers de personnes rendues dépendantes, désormais prêtes à se tourner vers des opioïdes de synthèse, licites ou non. C’est la crise des opioïdes. Le fentanyl devient une drogue.
Une froide logique de rentabilité
Premier producteur pharmaceutique au monde, la Chine fabrique les précurseurs chimiques du fentanyl, qui sont ensuite transformés au Mexique avant d’inonder le marché étasunien. Le coût de production d’une pastille est de 1 dollar. Elle est revendue dix fois plus cher. Destiné à une clientèle pauvre et désemparée, le fentanyl a été conçu par ses fabricants pour optimiser le rapport coût/bénéfice. C’est aujourd’hui la drogue de synthèse à la fois la plus économique du marché – ce qui lui permet de concurrencer le crack – et la plus « efficace » : son effet analgésique est cent fois plus puissant que celui de la morphine et cinquante fois plus puissant que celui de l’héroïne. Il peut durer jusqu’à trois heures, ce qui fait du fentanyl un produit très recherché. Aux États-Unis, il s’est diffusé aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il est devenu la première cause de mortalité chez les 18-45 ans.
Urgence
Les trafiquants, cherchant de nouveaux débouchés pour écouler leurs stocks, se tournent à présent vers l’Europe où les réseaux de la cocaïne et de l’héroïne leur assurent déjà des canaux de diffusion efficients. En France, un premier réseau a été démantelé à Rennes au printemps 2024. Depuis 2023, différents comprimés contenant du fentanyl sont régulièrement saisis par la police.
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L’Organisation mondiale de la santé estime que les opioïdes sont responsables de 80 % des cas de décès liés à la consommation de drogues dans le monde
Le fentanyl endort la douleur, physique et/ou psychique, de personnes sans perspectives, sans emploi, sans logement, souvent touchées par la maladie. Son arrivée en France va rencontrer des populations déjà aux abois, et en particulier une jeunesse très fragilisée par le Covid qui accumule les problèmes de santé mentale et les difficultés à s’insérer dans la société.
En mai 2024, la délégation de magistrats mexicains venue en visite au parquet de Paris avait alerté la France sur les signaux très inquiétants qu’elle constatait : une police et une justice dépassées par des trafiquants beaucoup plus puissants et mieux organisés, des criminels palliant un déficit de services publics dans les quartiers pauvres pour s’assurer la docilité de leurs habitants. Selon ces magistrats, la France devait prendre des mesures urgentes pour endiguer le trafic de drogue si elle voulait éviter de basculer dans une situation hors de contrôle.
La campagne présidentielle abordera-t-elle honnêtement cette urgence ? Reste que le véritable chantier consiste à faire en sorte que la drogue ne représente plus une option désirable pour personne. Mais dans un pays qui compte près de dix millions de pauvres confrontés à toujours plus de difficultés d’accès à la santé, l’emploi et le logement, la petite pilule qui endort pourrait malheureusement s’avérer aussi meurtrière qu’aux États-Unis.
