© Pierre-Olivier Cervesi
Bonjour Pierre-Olivier. Vous avez passé de nombreuses années au sein de l’Église catholique. Quel a été votre parcours et votre engagement dans cette communauté ?
J’ai été baptisé dans l’Église catholique et élevé dans cette foi, bien que ma famille n’ait pas été pratiquante. Ma mère m’a fait découvrir la prière ; chaque soir, enfant, nous disions un Notre Père et un Je vous salue Marie. Je lui dois de m’avoir fait découvrir le scoutisme, un événement déterminant puisque je serai par la suite longtemps chef au sein des Scouts unitaires de France. Formation complète et apte à décliner la foi sous bien des aspects intéressant les jeunes, le scoutisme a été un lieu d’épanouissement de la foi, avec des rencontres fortes, décisives et durables.
Comment avez-vous rencontré le protestantisme ?
À 20 ans, j’ai lu un livre de présentation du protestantisme écrit par le pasteur André Gounelle. La clarté de l’exposé m’a fait me reconnaître en grande partie dans cette expression de la foi. Cependant, ne connaissant aucun protestant à l’époque, j’ai continué mon chemin comme catholique pendant presque trois décennies sans ne plus trop penser à cette lecture.
Pourquoi avez-vous passé le pas de changer d’Église ?
Pour plusieurs raisons formant une succession d’événements sous-tendus par un cheminement spirituel souterrain, presque inconscient. Mais disons qu’à un moment j’ai senti un raidissement de l’Église catholique, par exemple lors du projet de loi sur le mariage pour tous ; je n’ai pas trouvé que la place des catholiques était d’aller en discuter le bien-fondé, s’agissant d’un mariage civil. Fait plus marquant, et sans doute décisif, j’ai divorcé. Le fait que l’Église catholique n’autorise pas les divorcés à communier a été une révélation particulièrement choquante et, à mon sens, profondément contraire à l’Évangile. Le silence de l’Église catholique au sujet des secondes unions succédant aux mariages défaits a joué aussi. Or ces secondes unions sont presque toujours plus heureuses que les premières. La preuve la plus évidente est qu’elle m’a permis de devenir père de deux petites filles…
Ce passage d’une Église à une autre n’a donc pas été une crise spirituelle mais une crise religieuse. Dieu n’a jamais cessé d’être présent dans cette transition.
Qu’est-ce qui vous porte dans cette nouvelle manière de vivre votre foi ?
Cette conviction que l’intuition théologique de Luther quant au salut est fondamentalement juste. La conception d’une Église comme mouvement et non comme institution, comme élan et non comme intermédiaire est aussi quelque chose de très porteur et fait de la fraternité une réalité très concrète. Pour autant, je ne me retrouve pas dans les liturgies protestantes, que je trouve assez décousues, laissant peu de place au silence, au recueillement et bien que les prédications y soient souvent remarquables. De mon passé catholique il me reste un fort attachement à la liturgie monastique, à sa beauté, à la quiétude qu’elle véhicule.
Votre compagne est d’origine catholique : comment se vit pour vous l’œcuménisme au quotidien ?
Je pense que ma compagne se définirait plutôt comme agnostique de culture catholique. Ses parents sont pratiquants occasionnels et animés d’une foi généreuse, active et absolument pas démonstrative. Un ami de cette famille, qui est père dominicain, a semé beaucoup de belles choses et baptisé nos enfants. Nous nous retrouvons donc facilement sur des valeurs comme l’ouverture à l’autre, le partage et le pardon, toutes choses qui ne sont pas l’apanage d’une confession chrétienne particulière.
