© Mas des Abeilles
Nous sommes invités à diner chez les protestants de l’Église évangélique du Maroc (EEM)
Qu’avais-tu en tête avant de partir ?
Laetitia : Je m’imaginais avant tout un beau voyage, entourée de personnes que j’apprécie. Mais, parce que je suis ainsi faite, l’enthousiasme s’accompagnait aussi de quelques interrogations. Allions-nous tous bien nous entendre pendant une semaine entière ? Un programme entièrement organisé allait-il me frustrer, moi qui aime parfois improviser ? Et puis il y avait le Maroc. Un pays que je ne connaissais pas et qui éveillait autant ma curiosité que mes questions. Qu’allais-je y découvrir ? Comment allions-nous être accueillis en tant que touristes ? Quels seraient les échanges avec les habitants ? J’avais aussi, je l’avoue, quelques idées toutes faites, nourries par ce que l’on entend ici ou là, et je me demandais si elles résisteraient à la réalité.
En résumé, je suis montée dans l’avion avec un drôle de bagage : une bonne dose d’enthousiasme, une valise de curiosité… et quelques petits sacs bien remplis de craintes et de préjugés. Heureusement, certains bagages sont faits pour être laissés sur place…
Qu’est-ce qui t’a touchée, marquée, interpellée au cours du voyage ?
Laetitia : J’ai vécu un voyage extraordinaire, bien au-delà de ce que j’avais imaginé. Il a été riche en découvertes, mais surtout en rencontres. J’ai été profondément touchée par l’accueil et la générosité des personnes que nous avons croisées. Je pense notamment à cette communauté protestante évangélique qui nous a tous invités à leur anniversaire de mariage. Ils auraient très bien pu réserver cette invitation à notre couple pastoral, mais non : ils nous ont accueillis comme si nous faisions déjà partie de la famille. Ce geste résume à lui seul tout ce que nous avons reçu pendant ce séjour. Partout où nous sommes passés, des personnes nous ont consacré du temps, ouvert leur porte et leur cœur, souvent avec une simplicité désarmante.
© Mas des Abeilles
La mosquée Hassan II à Casablanca
Les habitants m’ont également beaucoup marquée. Malgré des conditions de vie parfois très difficiles, j’ai rencontré des visages souriants, chaleureux et d’une incroyable dignité. Cela remet bien des choses en perspective. Nous, Français, avons parfois l’art de râler pour des détails… Ce voyage m’a rappelé combien nous avons de raisons d’être reconnaissants.
Le Maroc m’est apparu comme un pays de contrastes. Le faste des villes royales côtoie une pauvreté parfois saisissante. Ces écarts interrogent et invitent à réfléchir sur nos propres repères.
Ce qui m’a sans doute le plus bouleversée, ce sont les nombreuses personnes porteuses d’un handicap que nous avons croisées, particulièrement dans la médina de Casablanca. Je revois encore cette maman accompagnant son fils, déjà presque adulte, atteint d’un lourd handicap mental. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à leur quotidien, à l’absence de structures adaptées, et à cette question qui m’a serré le cœur : que deviendra-t-il lorsque sa mère ne sera plus là ?
Enfin, ce qui restera probablement le plus précieux de ce voyage, c’est ce que nous avons vécu tous les treize. Nous étions bien ensemble. Vraiment bien. Même lorsque notre guide nous suggérait gentiment de nous disperser pour profiter chacun à notre rythme nous restions en groupe ! Nous avions simplement envie de continuer à partager chaque instant. Pas une tension, pas un conflit, pas une fausse note. Une unité rare, une amitié qui s’est approfondie au fil des jours, jusqu’à donner le sentiment d’être une véritable famille.
C’est d’ailleurs ce qui a rendu le retour un peu particulier. Revenir au quotidien après avoir vécu une telle parenthèse n’a pas été si simple. Il y avait comme un petit vide, une nostalgie heureuse, celle que l’on ressent après avoir vécu quelque chose de profondément beau. Et finalement, n’est-ce pas le meilleur signe que ce voyage a laissé une empreinte durable dans nos cœurs ?
© Mas des Abeilles
Notre groupe (conseil de paroisse du Mas des abeilles) avec les sœurs du couvent Notre-Dame-de-la-Paix qui nous ont hébergés
Ce que je garde
Je repars avec un cœur beaucoup plus rempli qu’une valise… et pourtant, je peux vous assurer qu’elle était déjà bien chargée au retour !
Je garde avant tout des visages, des sourires, des éclats de rire, des regards et des moments de partage qui continueront longtemps à m’accompagner. Je repars avec la conviction que les plus belles richesses ne se mesurent ni en monuments visités ni en kilomètres parcourus, mais en rencontres et en expériences, à coup de seaux d’eau et de gants de crin !
Je garde aussi une belle leçon d’humilité et de gratitude. Ce voyage m’a rappelé que le bonheur ne dépend pas toujours de ce que l’on possède, mais souvent de la manière dont on choisit de vivre et de regarder les autres. J’espère réussir à conserver un peu de cette simplicité et de cette reconnaissance dans mon quotidien.
© Mas des Abeilles
Visite de la synagogue de Fez
Et puis, je garde surtout notre petite tribu. En quelques jours, nous sommes passés d’un groupe qui voyageait ensemble à une famille qui vivait ensemble, une communauté soudée autour de valeurs communes. Nous avons partagé les découvertes, les repas, les émerveillements, les fous rires, les temps spirituels… et même la traversée d’une nuit blanche tous ensemble dans l’aéroport de Rabat après l’annulation de notre vol !
Finalement, ces heures aussi auront fait partie des bons souvenirs.
Je remercie Dieu pour cette aventure, pour les liens qui se sont tissés et renforcés, pour toutes les personnes mises sur notre route et pour tout ce que ce voyage est venu déplacer en moi, parfois sans bruit.
Si je devais résumer ce séjour en quelques mots, je dirais qu’il m’a offert bien plus qu’un voyage au Maroc : il m’a donné une belle leçon de fraternité, d’ouverture et de confiance. Et ça, contrairement aux souvenirs achetés dans la Médina, cela ne prendra jamais la poussière.
