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En 1630, Louis XIII autorise Hambraeus à poursuivre ce ministère ; en 1635, Hugo Grotius, légat de Suède, ouvre le dimanche le salon de son hôtel quai Malaquais. Étudiants et migrants germanophones chassés par la guerre de Trente Ans s’y mêlent aux diplomates et leurs noms remplissent les registres de communion : la foi portée par les circulations européennes prend chair dans la solidarité. En 1679, l’ambassadeur Nils Bielke place ces croyants sous la protection du roi de Suède, dont l’ambassade leur conserve un refuge quand la Révocation de 1685 resserre l’étau. Secourir les indigents et soigner les malades devient le prolongement de la grâce annoncée.
Au XVIIIe siècle, des artisans alsaciens et allemands affluent vers Paris. Ébénistes et ouvriers des faubourgs trouvent un lieu de prière et un réseau d’entraide dans la chapelle suédoise, où le français gagne peu à peu la liturgie. En 1744, l’ambassade du Danemark accueille une seconde communauté de nouveaux arrivants germanophones, desservie dès 1746 par un pasteur. Lorsque la Révolution disperse les fidèles, Carl Christian Gambs et Georg Wilhelm Göricke continuent d’officier au milieu de la tourmente ; ces feuillets préservés rendent un visage aux existences discrètes que la grande histoire survole.
Les Articles organiques de 1802 ouvrent une nouvelle époque : la chapelle suédoise fermée, le décret impérial du 11 août 1808 institue à Paris l’Église consistoriale de la Confession d’Augsbourg. Le 26 novembre 1809, elle franchit le seuil des Billettes (Paris 4e) et reçoit un sanctuaire stable ; l’afflux d’ouvriers allemands s’amplifie avec l’arrivée des Alsaciens. Après l’inauguration de la Rédemption en 1843, le souffle du Réveil porte la Mission intérieure et ses œuvres dans les quartiers populaires ; en 1852, la communauté parisienne devient une inspection, confiée l’année suivante à Rodolphe Cuvier.
L’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Empire allemand déchire en 1871 le lien ecclésial avec Strasbourg ; dès juillet 1872, un synode unit les inspections de Paris et de Montbéliard au sein de l’Église évangélique luthérienne de France. La loi de 1879 lui accorde une reconnaissance légale, puis la loi de Séparation de 1905 la conduit en 1906 au régime associatif et à l’autonomie financière. Au XXe siècle, les paroisses s’enracinent en banlieue, avec une diaconie et un engagement œcuménique qui prolongent l’élan des origines : accueillir la diversité et servir la cité.
En 2013, l’EELF s’unit à l’Église réformée de France dans l’Église protestante unie, où l’inspection de Paris poursuit sa vocation luthérienne, portée par sa tradition confessionnelle. Quatre siècles nous contemplent désormais : que viennent-ils déposer entre nos mains ? Peut-être cette vocation reçue dès le premier jour : offrir une demeure à l’Évangile, afin que sa grâce déploie un espace dans la ville et entre les êtres.
