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Dans ton parcours de vie, qu’est ce qui t’a conduite à prendre les différents engagements que tu as pris dans l’Église ?
Je suis née à Paris, la deuxième d’une fratrie de trois filles, et j’ai toujours été la plus remuante. En internat dès l’âge de 16 ans, j’étais mue sans cesse par une grande curiosité et un désir de me réaliser dans beaucoup d’actions concrètes et militantes. Je me suis mariée jeune, j’ai eu trois enfants et me suis engagée dans la vie associative (atelier de bois, aide aux familles, écriture). Un jour, mes enfants ayant grandi, j’ai souhaité renouer avec mes racines protestantes, et quand j’ai su qu’une place de sacristaine était libre, j’ai sauté sur l’occasion. Les encouragements d’un pasteur, qui m’a convaincue que c’était bien ma place d’entreprendre des études de théologie, m’ont amenée à Strasbourg où j’ai pu étudier pour devenir prédicatrice laïque. J’ai exercé ce ministère plusieurs années, surtout dans les villages de Haute-Saône où je me sentais proche des gens. Je me suis ensuite éloignée de la paroisse pour diverses raisons, et c’est un autre pasteur qui est revenu me chercher afin que je retrouve une place dans la communauté. En complément de cette formation théorique, j’ai éprouvé la présence et la grâce du Seigneur d’une manière plus spirituelle lors d’une expérience de marche sur le chemin de Compostelle.
Comment vois-tu ta place dans l’Église aujourd’hui ?
Ma place dans l’Église a bien sûr évolué. Au départ de ma formation, je souhaitais simplement animer des cultes (j’aime surtout beaucoup préparer les prédications), j’étais moins sensible à la liturgie et à l’organisation. Progressivement, à force de fréquenter les gens et de prendre part à différents groupes, je comprends mieux le fonctionnement interne de l’Église et j’apprécie beaucoup son ouverture et sa diversité. En vieillissant, j’ai appris à comprendre l’intérêt des règles, dans le pays et dans l’Église
Mon rôle a ensuite évolué à la suite de différents appels, de l’Église régionale puis de la Commission des ministères, dont je suis membre depuis quelques mois. J’ai conscience de ne pas avoir suivi un cursus classique, étant une sorte d’autodidacte, mais je suis portée par le groupe qui sait bien accompagner les débutants. C’est un sentiment important de réaliser que, là où on est appelé, on peut être utile. Pour l’Église, mon souhait le plus cher est qu’elle soit avant tout joyeuse et gaie. Dans mes cultes, je m’efforce de transmettre cette gaieté.
Pourquoi te consacrer cette année à faire réfléchir les gens sur la démocratie ?
D’une part, c’est un thème défini par l’Église régionale, et d’autre part, tout mon parcours personnel pointe vers ça. La devise française « Liberté, Égalité, Fraternité », à laquelle j’ajouterais « laïcité », est gravée dans mon cœur. Or je sens la démocratie en danger à cause d’un repli vers le communautarisme et la nécessité présentée par beaucoup d’obéir à un pouvoir fort. Pourquoi les gens ont-ils ce besoin d’obéir, comme un seul homme, à un chef ? Comment préparer les gens au prix à payer pour jouir de la liberté ? Or la liberté, c’est l’insécurité, c’est le combat, la confrontation des idées mais c’est aussi la vie.
Notre but, dans cet atelier, est de créer ensemble une nouvelle que l’on va envoyer à toutes les paroisses de la région pour servir de point de départ et d’appui à des débats sur le thème « Quel rôle pour notre Église dans la défense de la démocratie ? ». Les protestants sont peu nombreux mais leur parole peut et doit être entendue.
