Quel dommage !
Les traditions de lecture quotidienne de la Bible et les fêtes liturgiques nous prennent heureusement par la main pour nous conduire plus près d’un Dieu venant au secours d’une humanité qui ne cesse de s’enferrer dans ses travers, dans ses faiblesses, dans ses chutes.
Le psaume 78 en redit l’histoire, qui est celle d’Israël, et la nôtre, dans ces versets 38-39 en particulier :
« Pourtant lui, dans sa compassion, il pardonne la faute et ne détruit pas, il retient souvent sa colère et ne s’abandonne pas à toute sa fureur.
Il s’est souvenu qu’ils n’étaient que des créatures, un souffle qui s’en va et ne revient pas. »
Des étrangers et païens
La mort d’Étienne, lapidé, le témoignage de Jean, exilé, un massacre d’enfants de moins de deux ans tués par Hérode font écho à ce que les actualités les plus rudes nous donnent à voir. L’événement de Noël ne se situe pas dans un passé lointain : il est d’aujourd’hui.
Dès le 6 janvier, nous est donné à lire Matthieu 2 et le récit de mages venus d’Orient : des mages qui ne sont pas des rois dans l’Évangile ! Ce sont d’abord des étrangers et des païens.
Ils arrivent avec leur propre culture, avec leurs propres croyances.
Ils lisent le langage des astres. Ils n’appartiennent pas au « peuple de Dieu » et ne connaissent rien de la Loi, qui serait sévère à leur égard :
« Ne levez pas les yeux vers les cieux pour contempler le soleil, la lune, les étoiles, toute la multitude des astres. Ne vous laissez pas entraîner à les adorer et à les servir ! Le Seigneur votre Dieu a réservé ces pratiques à tous les autres peuples du monde ; mais vous, il est allé vous chercher et vous a fait sortir de la fournaise de l’Égypte pour que vous deveniez le peuple qui lui appartient, comme vous l’êtes aujourd’hui. » (Deutéronome 4.19-20)

albâtre du XVe siècle
© Art Institue of Chicago – Unsplash
Être à l’écoute
Mais ces mages sont des savants : l’astre qui les a intrigués assez pour les mettre en route était bel et bien un signe pertinent puisque le Seigneur, avec humour, avait pris le chemin de leur science païenne pour les conduire jusqu’à Lui.
Puis le Seigneur vient les visiter dans leur sommeil, comme il le fera pour avertir Joseph qu’il lui faut fuir en Égypte avec la mère et l’enfant.
Merveille de Dieu qui vient rejoindre autant ces étrangers que l’époux de Marie.
Nous voici donc, aux lendemains de Noël, instruits par des étrangers païens et conduits en exil, avec Joseph, Marie et l’enfant.
Ce sont des déplacés qui viennent révéler la juste place du nouveau-né, sa dignité et sa royauté, et lui-même, aussitôt menacé, part en exil.
Le reconnaître
Dieu vient à nous, Il s’offre dans une fragilité inimaginable, au cœur d’un monde où les appartenances sont bouleversées.
Saurons-nous être assez libres pour le chercher et le reconnaître, aujourd’hui, dans « du neuf qui déjà bourgeonne », selon l’expression d’Ésaïe, non seulement dans nos réseaux familiers, mais dans la surprise de l’inconnu ?
Saurons-nous mettre notre confiance en un Dieu humble, caché dans le réel très concret d’une famille fuyant un despote sanguinaire ?
Il vient nous sauver : c’est sa promesse, et déjà elle est réalisée.
Bénie soit cette année tout entière, puisqu’IL EST par-delà toutes nos folies humaines.
