Œcuménisme et synodalité

Nous, protestants, sommes fiers de notre culture du débat et de la collégialité, aussi réjouissons-nous de voir notre sœur catholique redécouvrir et vivre ainsi la synodalité.

« Debouts, délégués et déléguées applaudissent chaudement le point final du synode, au terme de plénières et travaux de groupes épuisants, puis d’un vote de chaque paragraphe d’un document abondamment amendé. A travers le vaste éventail des sujets, se dégage l’esquisse d’une nouvelle manière de concevoir l’Eglise, les ministères et la mission, où l’inclusion et la participation de tous deviennent les maîtres mots. Sans que rien n’ait encore été décidé. » Il s’agit ici, non de l’écho d’un synode régional de notre Eglise, mais du compte-rendu, par Matthieu Lasserre journaliste à La Croix, de l’assemblée générale du Synode des évêques qui se tenait au Vatican durant tout le mois d’octobre. Nous qui sommes fiers de notre culture du débat et de la collégialité, réjouissons-nous de voir notre sœur catholique, redécouvrir et vivre ainsi la synodalité.

 

Serait-ce un fruit tardif de l’élan œcuménique que certains voient déclinant ? Le dominicain Hyacinthe Destevelle affirmait, dans la revue Communio, que les dialogues œcuméniques avaient été déterminants, permettant « une meilleure compréhension du ‘sens de la foi des fidèles’ comme de la triple dimension communautaire, collégiale et personnelles, de la synodalité ». Dimension constitutive de l’Eglise selon Christoph Theobald, celle-ci interroge de front nos ecclésiologies, sujet le plus sensible et le plus déterminant aujourd’hui en oecuménisme. Certes, la notion n’a jamais disparue du catholicisme, et l’aggiornamento portée par le Concile Vatican II a permis une participation croissante des laïcs dans la vie et l’orientation des diocèses. Mais le pape François, riche des expérimentations sud-américaines, entraine avec détermination -mais non sans risque- son Église sur cette voie.

 

 

Biens des signes le manifestent : consultation préalable des paroisses et diocèses du monde entier (suscitant enthousiasme, attentes, diversité locale), participation et vote de délégués laïcs dont 54 femmes ; travail en groupe toute hiérarchie confondue ; choix d’une démarche spirituelle apte à faire parler ensemble des catholiques très divisés ; discussion sur des thèmes délicats, comme l’accès au diaconat pour les femmes ; rassemblement oecuménique de 18 000 jeunes sur la place saint Pierre pour porter l’évènement dans la prière.

 

Si de nombreuses crispations étaient apparues avec les évêques allemands progressistes et si quelques cardinaux conservateurs (en particulier américains) ont dénoncé une « Babel synodale, la grande réforme du pontificat a été au final plébiscitée. La méthode synodale « doit être renforcée à tous les niveaux par l’élargissement du nombre de personnes impliquées, afin d’irriguer l’ensemble du fonctionnement ecclésial. » Le pape argentin pousse ainsi sa fibre pro communautés de base, et tend à faire émerger une nouvelle culture d’église, là où son prédécesseur avait voulu aplanir les questions doctrinales.

 

A l’évidence, le contexte de plus en plus mondialisé pèse aussi sur l’évolution et le réel rapprochement des Eglises dans leurs préoccupations et leur manière de fonctionner : nécessaire prise en compte de la parole de chacun ; remise en cause des délégations de pouvoir ; reconnaissance des minorités opprimées… C’est aussi cela qui contribue à faire « cheminer ensemble » les diverses Eglises chrétiennes.

 

 

 

 

 

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