Covid et confinements, une expérience sensitive contrastée

La pandémie de Covid-19 et les confinements qui l’ont accompagnée ont permis une multitude d’expériences liées aux sens, que se soit par la privation, la découverte, ou la créativité et le partage.

(© Commons wikimédia)

 

La proximité de l’autre : son souffle, sa parole, la contamination par le toucher, par la présence simultanée dans le même espace clos… On s’est parlé de plus loin ; derrière le masque, on n’a plus vu ni les sourires ni les rires. Les yeux ont cristallisé l’expression de la joie, de l’étonnement, du mécontentement. On n’a plus touché les mains. On a adopté des réflexes de méfiance sanitaire : lavage des mains, gel systématique – ah ! la sensation du gel… Pour certains, se sont succédé des nettoyages de folie, dérivant vers l’obsession.

 

Des personnes se sont enfermées chez elles, même quand les réglementations permettaient de sortir. Chez soi comme dans un bunker, sans plus aucune interférence, focalisé sur ses repas, ses horaires, ses besoins « essentiels » avec, au passage, moins de coquetterie et d’apprêt social.

 

Un jeûne sensoriel ?

 

Cependant, on peut faire des constats plus nuancés. Le taux des visites personnelles a chuté, mais lors des nombreuses conversations téléphoniques, la voix des proches ou des amis plus lointains a résonné autrement ! Sans compter tous ces rendez-vous en « visio » où l’on s’est mutuellement observé dans le décor de nos espaces privés. En ne se rencontrant plus au temple, par exemple, il semble qu’on se soit souvent découvert.

 

Avec le Covid, avons-nous vécu un jeûne sensoriel ? Oui, par les distances que l’on vient d’évoquer. Mais non, si l’on pense que chacun s’est un peu plus intéressé à ce qu’il allait mettre dans son assiette – cuisine maison ou plats livrés inventifs. Que chacun a un peu plus songé à ce qu’il pouvait faire de bien pour son corps, par des exercices quotidiens. Ce fut aussi une nouvelle manière d’envisager son espace privé, de le rendre plus cosy ou plus zen – pour ceux qui le pouvaient.

 

Sensoriellement ou sensuellement, le confinement fut chez certains couples plein de créativité, avec du dialogue ou de la fusion, et un nouveau partage de l’espace. Chez d’autres, malheureusement, l’enfermement familial s’est vite mué en danger pour les plus vulnérables, conjointes ou enfants.

 

Moments de communion

 

Du côté de la musique, des plans en solo ou à plusieurs confinés se sont échafaudés aux quatre coins de la planète, livrant des œuvres magnifiques, drôles, touchantes. L’émotion et l’humour se sont taillé de bons moments au travers des écrans. L’humanité s’est moins embrassée, certes, mais elle a communié de manière exceptionnelle.

 

Et puis souvenez-vous ! On n’a jamais autant écouté les oiseaux, filmé les animaux sauvages déambulant dans la ville. Cette partie « nature » de nous-mêmes, qui nous plaît tant, se faisait si proche, soudain, sortant du bois et réenchantant nos avenues désertées… Depuis longtemps, elle a repris ses quartiers – tant mieux pour elle ?

 

Au final, nous aurons peut-être vécu une moins large diversité de « sensations » mais, dans le même temps, un approfondissement bienvenu de certaines expériences sensitives vitales.

 

De nouvelles frontières

 

De cette étrange période – deux ans et demi, tout de même ! –, nous avons gardé des traces. Aujourd’hui, on ne sait plus très bien qui on embrasse, si on se serre la main – oui ? non ? L’accolade anglo-saxonne, le « hug », a plus de succès. Et, oui, c’est vrai, il est possible de faire « sans », sans ces signes de proximité, sans ce toucher familier. Une tristesse, parfois, pour les plus isolés !

 

Tout de même, en paroisse et dans tout l’espace public, on se retrouve « en vrai » pour partager cultes, concerts, apéritifs ou repas, les précautions sanitaires rangées au placard. La convivialité a-t-elle pour autant marqué des points après le Covid ? C’est sans doute difficile à évaluer.

 

On entend les témoignages, variés, de citoyens qui ont fait le choix d’autres lieux de vie, plus « verts », ou de relations proches revalorisées, ou encore d’un retour sur soi egocentré, en mode survie. Les écrans ont encore grignoté du terrain, c’est certain. Quant aux associations, elles disent avoir perdu des bénévoles en route. Ce dernier point pose question. À refaire son nid, à cultiver son jardin… attention à ne pas tracer les frontières subtiles d’un jeûne social sans date limite !

 

 

 

 

 

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