Rue de Clichy : une organisation au service des paroisses

Les locaux de la rue de Clichy à Paris sont le siège de tous les services nationaux, dédiés aux régions et aux Églises locales. Reportage sur site.

Dans les romans de Simenon, le 36 évoque le quai des Orfèvres, lieu mystérieux de l’ordre public. Dans l’Église on parle du 47 ou des locaux de l’Union, qui furent jusque récemment un dédale de couloirs au second étage de la Maison du protestantisme, rue de Clichy à Paris. Des travaux ont récemment permis aux services de l’Église unie de s’organiser plus rationnellement.

 

Pour présenter les nouveaux locaux, la présidente du Conseil national, Emmanuelle Seyboldt, s’est muée sans hésiter en guide touristique. Entre deux présentations, elle évoque les priorités de l’Union et la nécessité d’alléger les Églises locales du poids des tâches qui parfois les asphyxient. Et pour cela, deux types d’action paraissent essentielles, l’une dirigée vers un soutien administratif et l’autre proposant des ressources d’actions concrètes.

 

Moment de détente et d’échanger entre services (© DR)

 

Une administration performante

 

L’administratif, c’est l’affaire de Thierry Besançon, qui supervise une large équipe centrée sur la comptabilité, l’informatique, les assurances, les aspects juridiques et tout ce qui concerne le social, notamment les salaires. Il a établi son bureau au fond d’un couloir et accueille le visiteur sourire en coin et l’œil vif derrière ses lunettes. On le sent prêt à un trait d’humour et à prendre son temps pour deviser, mais il ne faut pas s’y tromper. Chaque mois, sortent de ce couloir plus de 500 fiches de paie, pour les pasteurs mais aussi pour le compte des secrétariats régionaux et de la plupart des paroisses qui emploient un salarié, ne fût-ce que quelques heures. Cette partie de l’immeuble tient donc de la ruche pour que chaque Église locale puisse se reposer sur un outil professionnel.

 

Interrogé sur l’étendue et la complexité du travail, il prend quelques secondes avant de confier que la diversité des situations familiales nécessite parfois quelques adaptations administratives, que les normes de sécurité évoluent constamment, que les paroisses ont souvent des projets de travaux et que les règles comptables ont beaucoup changé en dix ans. Sans oublier, ajoutera Emmanuelle, que les Régions de l’Église ne sont pas des entités juridiquement autonomes et que l’Urssaf les considère donc comme des succursales de l’échelon national.

 

Soutenir les projets paroissiaux

 

Plus près du hall d’accueil et dans l’autre aile du bâtiment s’égrènent les bureaux des autres services. L’Union nationale s’attache à proposer aux paroisses des services qu’elles ne peuvent assumer seules, faute de moyens, et que parfois même les Régions ne peuvent leur offrir.

 

Par exemple, l’équipe de la Coordination évangélisation-formation, sous l’impulsion de Gwenaël Boulet, établit des outils pour aider localement à réfléchir aux missions premières de l’Église : que veut-on transmettre ? Dans quelle direction aller ? Quelle formation privilégier ? Les services catéchèse et jeunesse cherchent à étoffer les partenariats entre paroisses, Régions ou organismes proches de l’Église pour bâtir des formations ou des événements et fournir les outils nécessaires à l’animation. Le Grand KIFF en est une illustration, avec la participation constante du scoutisme depuis quelques années.

 

Communion réformée et luthérienne

 

L’Union nationale est avant tout une Église. En tant que telle, elle doit organiser la formation des pasteurs et ministres, la Commission des ministère étant chargée d’accompagner les étudiants, proposants et ministres venant d’une autre Église à leur arrivée, avant que leur parcours puisse être suivi directement par la secrétaire générale en lien avec les Régions. Centrale dans l’organisation de l’Église, cette commission a la particularité de répondre au Synode national qui la nomme.

 

Vis-à-vis de l’extérieur, le 47 est une vitrine qui permet d’accueillir les réunions, événements et représentants d’autres Églises. La tâche du Service international est donc importante, car l’Union est membre de communions internationales d’Églises, notamment la Fédération luthérienne mondiale, la Communion mondiale des Églises réformées et celle des Églises protestantes d’Europe ayant signé la concorde de Leuenberg. Si l’approche œcuménique et interreligieuse est principalement assumée par la Fédération protestante, qui n’est pas une Église à proprement parler mais un lieu de dialogue, Ulrich Weinhold, qui anime le service, entretient les liens bilatéraux privilégiés avec des Églises proches, au premier rang desquelles celles de Rhénanie ou d’Italie.

 

Communiquer et témoigner

 

La communication est un outil nécessaire, à la frontière entre les aspects techniques et l’animation de la vie de l’Église, qui doit être visible dans la société française. Un nouveau site Internet offre à chaque paroisse un site local consolidé dans le site de l’Union ; cela permettra par exemple le partage d’articles intéressants entre paroisses. Cette mise à disposition est aussi un outil pour soutenir les Églises locales dans leurs liens avec d’autres et leur conscience de ne pas être isolées.

 

Ce soutien aux initiatives locales se manifeste aussi par quatre chargés de mission sur des sujets particuliers. La production de podcasts est maintenant facilitée par Marc Schaefer, avec du matériel professionnel. Un mi-temps (Tatiana Monnier) est aussi destiné à la musique et la formation des musiciens ; une masterclass devrait être organisée pour les musiciens qui accompagnent les chants liturgiques.

 

Conséquence du dernier synode, Corinne Bitaud a été chargée de prendre en main les questions touchant à l’écologie. Un ouvrage est déjà presque finalisé, qui proposera des outils concrets aux diverses paroisses de France.

 

Mais le plus connu des services faisant appel à un chargé de mission, ce sont les notes bibliques et l’aide à la prédication que coordonne Isabelle Alvès. Postés sur le site national un mois avant les cultes, les exégèses et conseils sont consultés par de nombreux prédicateurs laïcs et constituent une ressource de poids et une sécurisation pour les plus timides. Des formations en ligne sont déjà en place, lorsque les consistoires ou les Régions ne sont pas en mesure d’assumer ces soutiens.

 

Déjà la présidente s’éclipse, répondant à un appel. Son attention est centrée sur la préparation du Synode national qui doit se tenir près de Paris à l’Ascension ; l’organisation de tels événements est toujours délicate. En ligne de mire, les travaux sur la mission de l’Église et les ministères porteront la réflexion jusqu’en 2024.

 

Entretemps, l’Union ne manque pas de dossiers à traiter, de formations à prévoir en lien avec les paroisses ou les Régions, de points de vue à accorder pour que l’Église renforce sa fraternité et son témoignage.

 

 

 

 

 

#Actualité #Dossiers #Église protestante unie : dix ans !

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