Gilles Teulié, entre foi et recherche

Le 30 novembre, l’Institut protestant de théologie fêtera ses 50 ans d’existence. Ce n’est qu’une des très bonnes raisons d’aller à la rencontre de son président, Gilles Teulié, homme de liens et de conviction positive, spécialiste de l’Afrique du Sud.

Pour cette rencontre, à vrai dire, je visais Salon-de-Provence… et me voici devant les facultés d’Aix-en-Provence ! C’est que Gilles Teulié est un peu nomade, quittant Salon 4 fois par semaine pour Aix où il est professeur des universités, mais aussi régulièrement attiré du côté de Montpellier et de Paris où se trouvent les deux facultés de l’Institut protestant de théologie (IPT), qu’il préside depuis 5 ans.

 

Né à Montpellier dans une famille d’origines biterroises, catholique peu pratiquante, il a fait des études d’anglais à l’université Paul Valéry, connue des proches de l’IPT. « À l’époque, j’ai fait ma petite traversée du désert, avec beaucoup de questions sur ce qui relevait de ma foi et de l’Église dans laquelle j’étais… J’en ai déduit que je restais croyant, mais qu’il me fallait une autre Église. » Il rencontre alors Franck Honegger, pasteur au centre œcuménique de Jacou. « Il m’a reçu et en discutant avec lui, tout me paraissait très très clair ! Je suis allé au temple à Jacou, il m’a fait entrer au conseil de secteur. En fait, j’allais déjà à l’IPT pour chercher des livres en tant qu’étudiant à Paul Valéry… Je connaissais Jean-Daniel Causse, qui a été important dans ma vie. Après Franck, à Jacou, il y a eu Joël Dahan. J’étais dans ce bain… »

 

Gilles Teulié (© SD)

 

 

 

Deux sujets de prédilection

Puis, armé de son Capes, il enseigne l’anglais dans le secondaire, à Sète, pendant 12 ans, tout en travaillant sur une thèse. Le sujet ? L’Afrique du Sud ! « Eh oui, c’était déjà en germe, reconnaît Gilles. La thèse terminée, j’ai donc quitté Sète et franchi le Rhône pour arriver à Aix. » Il est maître de conférences depuis 2002, professeur des universités depuis 2006. « Pour les anglicistes, je suis historien, poursuit-il, même si pour les historiens je n’ai pas le cursus correspondant ! Ma discipline, officiellement, c’est la civilisation britannique, mais je dis que je fais de l’histoire britannique et de l’histoire sud-africaine. Avec une spécialité : la période victorienne. »

 

L’enseignant apprécie de pouvoir consacrer du temps à la recherche, dans une grande liberté. Pour passer son habilitation, il a dû choisir entre l’époque victorienne et l’Afrique du Sud. L’absence de spécialistes du côté de l’Afrique du Sud l’a aidé à s’orienter. « Or l’Afrique du Sud a été colonisée par des calvinistes… » ajoute-t-il. « Mon chemin de vie personnel, spirituel a rejoint mon travail et ça me ravit. En novembre et décembre, deux HDR vont être soutenues dans mon université et je suis le “garant” de ces candidats. L’un travaille sur l’Empire britannique, l’autre sur le méthodisme ! »

 

Protestants en Afrique du Sud

Gilles affirme que son intérêt pour la période victorienne ne relève pas du hasard : « J’explique à mes étudiants que la révolution industrielle en Angleterre, l’émergence de la bourgeoisie viennent des calvinistes anglais, ces « non conformistes » qui ont développé leur foi à travers le travail, la réussite sociale, l’idée du self made man. Je me sens bien dans cette culture. Ma vision du monde correspond à cet univers et à une théologie libérale. »

 

Correspondances avec l’Afrique du Sud aussi, qui l’ont mené à analyser la responsabilité des Afrikaners réformés dans leur soutien à l’apartheid. « Au-delà de l’Afrique du Sud, c’est aussi une réflexion sur comment on peut manipuler la Bible. »

 

Il évoque un chantier prochain : « Je voudrais parler des chrétiens d’Afrique du Sud qui ont lutté contre l’apartheid au sein du Conseil sud-africain des Églises. Ce conseil, toutes tendances confondues, était une base de résistance à l’apartheid. Aujourd’hui, les gens qu’on connaît dans ce milieu sont encore en vie et on les a oubliés. »

 

 

 

À la tête de l’IPT

Pour revenir au fil familial, le jeune professeur s’est marié, puis a vécu  un divorce. En 2007, il fait la connaissance de Karin Burggraf, alors pasteure à Grasse. « J’ai été invité par une amie à Grasse, j’y ai rencontré Karin, puis j’ai assisté au culte où elle prêchait… Le résultat, quelques temps après, c’est que nous nous sommes mariés ! »

 

Pas plus décalé que cela, Gilles, de se retrouver mari de pasteure, tant il adhère au monde réformé : « C’est une Église où l’on se pose des questions, où la prédication prédomine, où l’on va au fond des choses. Et je me régale toujours d’écouter prêcher Karin ! »

 

Pas surprenant non plus, alors, que le conseil national de l’Église protestante unie ait fait appel à lui pour présider, à partir de 2017, l’Institut protestant de théologie, où se forment notamment ses pasteurs. « Être un universitaire français, quand on va au ministère en tant que président de l’IPT accompagné des doyens, c’est mieux ! » commente-t-il avec un clin d’œil. Une double casquette universitaire et confessionnelle ? Pas vraiment. « L’IPT est labellisé EESPIG : établissement d’enseignement supérieur d’intérêt général, explique son président. Sous cette qualification, il y a aussi des facultés de philo privées, les instituts catholiques, mais pas seulement du “confessionnel”. On considère que cet enseignement est un service rendu à la communauté française et je n’ai jamais entendu de critique à ce sujet. » De tels lieux de formation sont liés de multiples façons avec des établissements publics.

 

Une formation qui « bouge »

Gilles mentionne un premier motif de satisfaction : « Le haut comité d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), instance d’évaluation des universités, des départements d’études, des diplômes, des labos…, a rendu sur l’IPT, en 2019, un rapport laudatif. J’en suis très heureux, car cela montre la qualité du travail qui se fait à l’IPT sur le plan pédagogique, administratif et bien entendu de la recherche universitaire en théologie et autres disciplines. » Une autre évaluation sera faite en 2023.

 

Il cite d’autres raisons de se réjouir : « Le rapprochement renforcé entre les 2 facultés que compte l’IPT, à Paris et Montpellier. Elles ont maintenant des centres de recherche communs, des professeurs en binômes qui se remplacent… Et puis l’autoréflexion sur le fonctionnement et le devenir de l’Institut. Une prospective (“IPT 2025”) a été lancée en 2020, posant la question : comment nous voyons-nous dans 5 ans ? Se développent actuellement l’enseignement à distance, la formation des aumôniers… »

 

Gilles plaide la cause de l’IPT dans les synodes : « Je dis aux synodaux : ne pensez pas que l’IPT reste isolé ou inactif ! Nous réfléchissons en permanence à ce que nous proposons. Nous avons des projets ambitieux, avec d’importants travaux à la clé : repenser les bibliothèques, le logement, les salles… et, en même temps, la pédagogie… Bref, ça bouge ! »

 

On l’a compris : une vie d’enseignant et de chercheur très remplie, des engagements protestants ou universitaires variés, un peu de temps en famille et en paroisse… Gilles sera bientôt dégagé de certaines de ses responsabilités. D’autres livres en vue, alors ? Peut-être, répond-il, mais à son rythme, comme il aime le faire, sans s’imposer de contrainte de temps.

 

 

– La Chapelle Victoria. Une histoire de la reine Victoria, des Anglais et des protestants à GrasseGrasse, Tacs-Motifs des Régions, 2013.

– Histoire de l’Afrique du Sud – Des origines à nos jours, Tallandier, 2019.

– La Bible à l’épreuve de la haine – Protestantisme et ségrégation raciale en Afrique du Sud, 17e – 20e siècle, Labor et Fides, 2022.

– Georges Mabille – un pasteur contre l’apartheid, éditions Ampelos, 2022.

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