Le tableau de Lille est peint à l’huile sur une feuille de papier, que certains ont décidé de renforcer, probablement parce qu’ils estimaient le papier trop fragile. Quand l’œuvre est entrée dans les collections du musée, elle ressemblait à un tableau peint sur toile et la surface était recouverte de nombreuses couches de vernis jauni. Les propriétaires de l’époque ont fait tout ceci, malgré les choix de l’artiste. Ainsi, une esquisse est devenue un tableau abouti. L’intervention a sûrement donné l’impression de stabilité et de force, mais en agissant ainsi, ils ont travesti une grande partie du projet de l’artiste.

L’adoration des bergers par Fragonard,
le support même de l’œuvre délivre un message (© Domaine public)
Observer la fragilité du tableau
Que Fragonard ait choisi un support fragile pour peindre cette adoration des bergers n’est peut-être pas aussi saugrenu qu’il peut paraître. Le récit de la naissance de Jésus, n’est-ce pas l’esquisse du don que Dieu offre à l’Homme ? La suite, la rédemption de l’Homme en vue de son bonheur, n’est-elle pas supposée changer de support, c’est-à-dire naître avec Jésus, mais aboutir à une humanité nouvelle, forte, affranchie et vigoureuse ? Jésus, le nouveau-né fragile serait l’ébauche. Mais comme pour un don, l’ébauche doit être acceptée par la deuxième partie du projet, plus puissante et plus pérenne.
Accueillir la fragilité du nouveau-né
Comme ceux qui ont cherché à renforcer le papier fragile employé par Fragonard, nous pouvons chercher à renforcer la nature de Jésus. Nous pouvons lui attribuer les forces et les pouvoirs qu’il n’a pas. Mais nous risquons de dénaturer le projet de Dieu. Ou bien comme les bergers, nous pouvons le recevoir, l’accepter comme il est, avec sa fragilité.
