© Natacha Cros-Ancey
Natacha Cros-Ancey
Quel est votre parcours ?
Je suis née à Grenoble et j’ai grandi au sein de la paroisse protestante où mes parents étaient très engagés. Adolescente, je me définissais comme athée, mais j’ai toujours été taraudée par la question spirituelle et théologique. Mes premières études m’ont ainsi menée vers un master de philosophie. J’ai travaillé en particulier sur Nietzsche et les figures du prêtre et du philosophe dans sa pensée. C’est paradoxalement à travers cette lecture que j’ai pu explorer le « manque de Dieu » et découvrir enfin Dieu.
C’est à la suite de ce cheminement que j’ai commencé mes études de théologie à Strasbourg. J’ai ensuite été ordonnée pasteur de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Moselle (Uepal) en 2005. Mon premier poste m’a menée au service de paroisses rurales de la plaine du Rhin, où j’ai vécu douze années d’un beau ministère.
J’ai ensuite été au service de la formation permanente des pasteurs pour la Communion protestante luthéro-réformée, qui rassemble nos Églises, l’Uepal et l’EPUdF. Et depuis septembre dernier, j’ai accepté la mission d’inspectrice ecclésiastique au service de l’inspection luthérienne de Colmar, qui couvre une quarantaine de paroisses sur l’ensemble du Haut-Rhin et le sud du Bas-Rhin. C’est une autre manière d’être au service de l’Église, en lien direct avec les communautés locales et avec mes collègues. Ce ministère est plein d’appels et de promesses que j’essaie de saisir du mieux possible.
Quels sont selon vous les défis de l’Église aujourd’hui ?
Du point de vue des ressources humaines, nous faisons face à un défi démographique majeur. Au sein de notre union d’Églises, 30 % des pasteurs actuellement en poste prendront leur retraite d’ici cinq ans. Ce n’est pas un phénomène isolé : nos Églises sœurs vivent souvent une réalité similaire. Dans la région d’Alsace où je vis, la sociologie protestante est historiquement très marquée, et cette nouvelle donne vient complètement bouleverser les habitudes. Il nous faut désormais imaginer une autre manière de témoigner, tout en parvenant à garder une proximité de vie forte avec les personnes rencontrées. Comment prendre soin de chacun tout en veillant à nos fonctionnements institutionnels ? Ces derniers sont pleins de sens, mais ils s’avèrent fort gourmands en mandats, en énergie et en ressources humaines. Ou, pour le dire autrement : comment faire autant, ou mieux, avec moins ? Il me semble que nous disposons de grandes ressources spirituelles et bibliques pour répondre à cette question.
Que souhaitez-vous entreprendre du fait de vos nouvelles responsabilités ?
Je n’aime guère l’intitulé « inspectrice ecclésiastique », mais d’autres avant moi ont cherché des synonymes sans arriver à rien de concluant ! Je conçois davantage cette fonction comme une mission au service des paroisses, des œuvres et mouvements de mon territoire, ainsi que de mes collègues ministres. Ce ministère est profondément pastoral : il comporte une dimension d’écoute, d’accompagnement et d’encouragement, et il s’incarne pour moi dans une espérance vive. Depuis septembre, nous avons mis en place au sein de l’inspection de Colmar un programme de formation théologique et spirituel intitulé « Prendre soin ». Il se décline en rencontres diverses : lectures de la Bible, concerts, ateliers littéraires, temps de prière ou moments conviviaux et mêle des publics variés.
