
Croire…
Croire ne signifie pas abandonner l’esprit critique : croire, c’est aussi douter. Comprendre nécessite de fournir un effort pour séparer le vrai du faux. En religion, croire devrait mener à une certitude de foi, mais les discours divergent : qui croire ? que croire ?
La majorité n’a jamais garanti la vérité : ce n’est pas parce que des millions de personnes ont cru que la terre était plate qu’elle l’était réellement. Ce n’est pas non plus parce que des centaines de millions de personnes ont cru que l’idéal de fraternité résidait dans le communisme que le monde communiste a été fraternel.
Les limites humaines
J’imagine Dieu au sommet d’une montagne, atteignable par divers chemins. Les guides existent mais restent humains, avec leurs limites et leurs travers : il ne faut pas les suivre aveuglément. Je suis protestant, mais différemment de mes ancêtres. Leur foi m’a construit, tout en me laissant évoluer vers un protestantisme plus libéral. La phrase de Paul : « la lettre tue, l’esprit vivifie », rappelle d’éviter le fondamentalisme. Les vérités de foi sont des constructions tardives, imposées comme indiscutables. La liberté de conscience, conquise de haute lutte, demeure essentielle et l’histoire a montré combien l’Église s’est trompée, parfois violemment. La liberté de conscience, reste essentielle, même si elle a longtemps été combattue par Rome.
Au nom de Dieu…
Trop souvent, au nom de Dieu ou d’idéaux fraternels, on a vu se multiplier conversions forcées des juifs en Espagne en 1492 et des peuples du Nouveau Monde au XVIe siècle, Goulag en Russie et famines de masse en Ukraine au XXe siècle ; chez nous, les massacres de la Saint-Barthélemy, de la Révolution et j’en passe… Le christianisme, n’a pas toujours été fidèle à son message. Il a peut-être dominé une grande partie du monde habité mais, si ses principes ont bien été diffusés, la pratique de la vie chrétienne n’a pas vraiment été à la hauteur du message. Aucun chrétien sensé n’a lieu d’être fier de ce passé !
Aujourd’hui le monde non-chrétien s’éveille et conteste la domination subie. Un autre équilibre est en train de naître… Qui peut prédire ce qui en résultera ?
Ici et maintenant
En France, la diversité religieuse a grandi. Dans notre France d’aujourd’hui, où les cultes se sont diversifiés avec l’apport massif de cultures étrangères, où la pratique religieuse a bien évolué, la liberté de conscience n’est plus un sujet politique, mais cela ne veut pas dire que, dans la pensée populaire, chacun regarde le culte du voisin avec un œil bienveillant : on est toujours le mécréant de quelqu’un. Récemment, j’ai entendu dans la bouche d’amis de longue date : « Ils sont gentils, mais ils sont protestants… »
Aux yeux d’un juif je reste un « goy », aux yeux d’un catholique un « hérétique », aux yeux d’un musulman un « kouffar », etc. Cela ne me gêne aucunement, ils jouissent eux aussi de la liberté de penser qui m’est chère et je ne cherche pas à juger leurs croyances, car nous sommes tous frères en humanité.
Il importe, pour maintenir la paix civile dans la France qu’habiteront nos enfants et petits-enfants, de ne pas porter au pouvoir les tenants rigides de quelque orthodoxie que ce soit. L’histoire nous a appris les méfaits du règne de la pensée unique, que cette pensée soit religieuse ou athée. Que chaque citoyen s’en souvienne en votant.
