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Haroun, un des plus grands cinéastes africains actuels, y poursuit son exploration d’un cinéma intime et mythique, où la trajectoire d’un personnage individuel devient le révélateur d’une mémoire collective.
Situé dans les magnifiques et austères paysages minéraux du plateau de l’Ennedi dans le nord-est du Tchad, le film suit une adolescente, Kellou, au beau visage doux et inquiet, orpheline de mère à sa naissance et troublée par des visions mystérieuses, qui va rencontrer une femme marginalisée par la communauté et accusée d’apporter le malheur au village, Aya, avatar moderne de la sorcière. Leur relation esquisse un récit d’initiation où Kellou commence à forger son propre regard sur le monde qui l’entoure et où se mêlent héritage spirituel marqué par des croyances animistes, prégnance des morts, résistance féminine au patriarcat et confrontation aux peurs collectives. Cette configuration rappelle un motif fréquent dans les traditions religieuses : celui du prophète ou du témoin rejeté par la communauté, dont la parole ou la présence dérange l’ordre établi. La figure féminine d’Aya, à la fois gardienne d’un savoir ancien et victime d’un mécanisme d’exclusion sociale, acquiert ainsi une dimension ambiguë. La mise en scène privilégie une narration lente et presque méditative, où l’histoire progresse moins par l’action que par la circulation de signes, de rêves et de récits.
Dans cet univers caractéristique du cinéma de Haroun, la frontière entre monde visible et monde invisible demeure poreuse. Par la puissance de ses paysages et par la simplicité de son récit initiatique, Soumsoum se présente ainsi comme une méditation aussi bien sur la mémoire, la liberté et la persistance des mythes, que sur la peur sociale du sacré et sur la difficulté d’accueillir l’irruption de l’invisible dans la vie collective. Présenté en compétition au festival international de Berlin 2026, le film a obtenu le prestigieux prix de la presse et de la critique internationale pour sa subtile complexité, son approche singulière du surnaturel africain et sa réflexion sur la transmission d’un monde spirituel menacé par l’oubli.
SOUMSOUM, LA NUIT DES ASTRES, Mahamat-Saleh Haroun, sortie le 22 avril 2026, 101 min
