© Stéphane Dubromel
Jérémie Claeys
Quel est votre parcours ?
J’ai grandi dans le protestantisme évangélique franco-belge, plutôt baptiste puis charismatique. C’était structurant et rassurant, mais il y a une dizaine d’années j’ai eu besoin de déconstruire un cadre très conservateur. Côté pro, j’ai été illustrateur de 2012 à 2022. Quand mon premier fils est né en 2018, période fragile, j’ai lancé « Sens Créatif » pour « sauver » ma carrière : aujourd’hui, c’est sept saisons et plus de 130 épisodes. En 2019, la dissonance est devenue trop forte : je quitte l’évangélisme et je mets l’Église en pause. Après le Covid, la découverte de l’Église de l’Étoile m’ouvre à un protestantisme plus libéral, stimulant.
Pourquoi le podcast ? Que change ce média dans la manière de parler de foi ?
Le podcast est démocratique, gratuit, non intrusif. Il favorise une écoute active au temps long : on ne s’interrompt pas, on prend le temps. Pour moi, il a été décisif : je suis passé d’une posture de « sachant » à une posture d’étudiant, horizontale. Je me vois comme un généraliste : j’ouvre des fenêtres, je pointe des ressources, je fais circuler la parole, sans prétendre être théologien, sociologue ou journaliste.
« Hérétique ? » et « Protestantes ! » : deux projets, une même intention ?
© Death By Coffee
© Anna Wanda Gogusey
Oui : deux faces d’une même pièce. Après 2016, j’ai beaucoup écouté de podcasts anglophones sur la crise évangélique ; je me suis dit qu’il manquait des ressources en français. « Hérétique ? » donne à entendre des récits issus de milieux fondamentalistes et met en lumière des dérives, des tabous (abus, place des femmes, lecture littéraliste…). « Protestantes ! », c’est le versant lumineux : des femmes qui portent des engagements (écologie, inclusivité, justice sociale…) et ouvrent des chemins. Et c’est aussi pour moi une manière de réparer un déficit d’écoute : dans mon histoire, je n’ai pas assez entendu les femmes.
Quel impact cherchez-vous, concrètement, sur celles et ceux qui vous écoutent ?
Je parle souvent d’un « rond-point » : on ralentit, on tourne autour d’un sujet, on regarde sous différents angles, puis on choisit une sortie. Ce qui est important pour moi, c’est de donner aux gens les moyens de se réapproprier leur récit et d’ouvrir des perspectives, pour retrouver la possibilité de faire un choix sans être conditionné par la peur. Parfois, la sortie, c’est quitter un système religieux mortifère ; parfois, c’est découvrir que la maison chrétienne est plus vaste que la seule pièce qu’on nous a montrée.
Et avec Regards protestants : que recommandez-vous, et que vous disent les retours ?
Je suis aussi dans un rôle de facilitateur : produire des voix plus légitimes que moi sur certains sujets. Je pense à « Mon voisin évangélique », « I Have a Dream », « Les voix de la Saint-Barthélemy » (très ambitieux, avec un vrai travail sonore), ou « Confessions ». On me reproche parfois de ne pas être assez « confrontant » : j’assume une éthique du soin, parce que mon public est souvent fragile (ex-évangéliques abîmés, ou évangéliques en questionnement). Les retours qui me touchent le plus : « je croyais être seul. » Et côté actu, la saison 3 d’« Hérétique ? » prend un virage plus documentaire, avec des récits plus incarnés et un nouvel habillage musical plus sensible, voire cinématographique.
