© DR
Didier Cros
Qui êtes-vous ?
Je suis né dans le Tarn en 1954. Après des études d’art à Aix-en-Provence, je rejoins Paris et entame dès le début des années 1980 un parcours de création libre affrontant l’espace et la couleur, au-delà de la figure. Mon travail tente de se régénérer aux sources du vivant, du vécu, des proximités éprouvées, au contact des trois règnes de la nature – le minéral, le végétal, l’animal.
Que représente pour vous la création ?
Depuis que la peinture s’est affranchie du dessin, elle papillonne de fleur en fleur, de nénuphars en taches colorées comme chez Monet. Depuis que « c’est la nature qui imite l’art » et non le contraire, le papillon fait de la peinture. Il serait ce petit retable en deux volets articulés. Fermé, il est plutôt discret. Les volets ouverts, il déploie des couleurs vives tout en rayures ou ocelles, ces yeux apotropaïques. Et si par malheur l’on frotte ses ailes des doigts, un nuage de poudre s’y dépose comme les pigments de la peinture. Il faut bien faire attention, ne pas trop s’attarder sur la ressemblance et aller sur des voies parallèles à celles de la nature. Y aller de bon cœur et essayer de se poser sur la bonne fleur.
Quelle est l’histoire de l’exposition « Papillons parpalhols », qui est présentée au musée du Protestantisme de Ferrières jusqu’au 1er novembre ?
En 2014, Patrick Cabanel, conservateur de ce musée, m’invitait à y présenter des portails d’arbres et frondaisons. L’exposition s’intitulait : « Les ombres du paysage ». En 2022, une installation dans la rampe du musée d’un ensemble de lavis au brou de noix s’intitulait : « Brandes ». Comme je l’indiquais, je porte un vif intérêt au monde animal – l’oiseau est pour moi un thème récurrent. Récemment, je me suis intéressé aux papillons. Il est bien connu qu’en occitan les protestants sont appelés parpalhòls. Je trouvais amusant de proposer mes parpalhòls au musée. Comme ça, sans plus d’explication. C’est simplement un clin d’œil.
Des roches, des plantes, des bêtes, de Pierre Bergounioux et Didier Cros, édition numérotée limitée à 200 exemplaires. Commande auprès de l’artiste :
Instagram : didier.cros.malrieu
« Papillons parpalhòls »
Le « parpaillot », en français ancien, ironique, ou tendre, c’est le protestant (le huguenot). Dans la langue occitane, c’est le papillon. Le mot s’accorde donc particulièrement bien aux protestants du Tarn et de l’ensemble du Midi occitan.
Mais comment expliquer que l’on ait eu l’idée d’assimiler les protestants à des papillons ? Parmi plusieurs hypothèses, on peut retenir celle d’Élie Benoist dans son Histoire de l’édit de Nantes (1693).
La ville de Clairac (Lot-et-Garonne) étant assiégée par les troupes royales, en 1621, les soldats de la garnison firent une sortie, vêtus de chemises blanches pour se reconnaître dans la mêlée. Ils ressemblaient ainsi à des papillons aux ailes blanches, auxquels leurs adversaires les comparèrent, en utilisant le mot du pays, et le sobriquet fit fortune. […]
Le sobriquet de parpaillot renvoie à la violence dont la minorité protestante a longtemps été la victime. Aujourd’hui, cette violence a disparu et le mot a gardé une sorte de légèreté tendre et colorée, qui renvoie à la nature aussi bien qu’à la mémoire.
Patrick Cabanel,
conservateur du musée du Protestantisme
