ACCOMPAGNER L’ABSENCE

La Bible ne rapporte pas d’histoires de veufs, le veuvage ne changeant pas grand chose pour les hommes. Par contre, elle note abondamment que la situation des veuves était difficile : leur statut est inférieur, elles dépendent toujours d’un homme, leur père puis leur mari, restent attachés à leur famille ou à leur belle-famille, d’où des situations pouvant devenir catastrophiques en l’absence de ces deux-là. Les exhortations à bien les traiter se retrouvent dans de nombreux passages en raison même de l’implication du Seigneur : « c’est lui qui soutient l’orphelin et la veuve. » (Psaume 146).

 

Plusieurs livrent en racontent les histoires. Dans le Premier Testament, celle de Sarepta, de Noémie et de ses belles-filles Orpa et Ruth. Le Nouveau Testament s’attarde sur la prophétesse Anne et la veuve de Naïn qui remue Jésus jusqu’aux entrailles. La pauvre veuve qui met deux petites pièces dans le tronc du temple de Jérusalem est citée en exemple et celle qui peine à obtenir justice à cause d’un malhonnête est l’occasion d’un enseignement sur la prière et sa persévérance. Dans la première lettre à Timothée, les veuves exercent un ministère reconnu dans la communauté, de vigile, d’hospitalité et d’accueil. Leur image à toutes est positive : bien qu’étant en difficultés sociales, elles ne sont pas passives, elles font face avec détermination et ouverture aux autres et à Dieu.

 

Toutes ces situations ne sont pas simplement transposables aujourd’hui et il y aurait quelque injustice à ne pas prendre en considération les veufs au motif que les récits bibliques ne leur accordent que peu d’importance. Le veuvage, qu’il touche l’homme ou la femme et quel que soit l’âge est une épreuve difficile, éprouvante, voire scandaleuse quand la disparition du conjoint met fin à des amours batis sur des décennies, quand il frappe en pleine jeunesse ou lorsque les enfants sont aux âges où le père ou la mère sont si indispensables. Les paroisses y sont régulièrement confrontées qui voient disparaître des membres connus ou qui apprennent par les annonces dominicales la disparition d’une figure qui restera pour toujours inconnue en raison de ses liens distandus avec la communauté.

 

La plupart du temps, l’Eglise sait trouver les paroles, les gestes et le rituel pour accompagner le premier choc du deuil, ce temps à part au cours duquel, au-delà de la sidération, se cumulent démarches, préparation de la cérémonie, culte, mise en terre ou crémation.

 

Mais avant et après ? Que dit-elle ? Que fait-elle ?

 

Sait-elle prendre en compte cette réalité bouleversante qu’est le veuvage, en parler avant, accompagner après ? Être tout simplement là.

 

Pour y réfléchir et avancer, les rédacteurs de la presse protestante régionale vous proposent ce mois-ci un dossier bien réduit en raison des enjeux qu’il soulève et des sujets qu’il aurait pu traiter (comme par exemple l’âge du veuvage ; veuvage et homoparentalité ; la place de la foi chrétienne ; le veuvage entre culpabilité et soulagement), un dossier à l’intérieur duquel les témoignages s’enchevêtrent pour énoncer l’expérience, le malaise, les paroles à dire ou à ne pas dire, les pratiques nouvelles, le défi de faire retentir l’Evangile d’amour au sein d’une société ayant occulté depuis deux générations la réalité de la mort.

 

 

 

 

 

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