Là où la marche d’un pas devant l’autre est d’une telle évidence que l’on en vient à l’oublier, en fauteuil, j’étais dans une nouvelle perception des choses. Mes bras qui faisaient avancer le fauteuil me rappelaient la réalité de ma corporalité. En tant que valide, nous attendons que notre corps « fonctionne » au point d’oublier qu’il est là. J’habite mon corps comme un « instrument » qui me sert pour penser, réfléchir, communiquer. J’habite mon corps que j’oublie.

Notre spiritualité s’enracine dans l’expérience de notre corps (© Hans Moerman@unsplash)
Un corps qui se rappelle sans cesse
En tant qu’invalide, mon corps me rappelle sans cesse qu’il est là. Le handicap, quel qu’il soit, me ramène à mon propre corps et à la réalité du corps de l’autre. Ainsi en est-il aussi au sujet de la vie spirituelle. Notre corps façonne notre spiritualité. Le fait d’être un court instant de ma vie en situation de handicap a modifié ma perception du monde qui m’entoure, celle de mon rapport à la vie, de mon rapport à Dieu. Pour quelqu’un qui vit toute sa vie avec un handicap, sa différence est déterminante dans sa perception du monde et sa spiritualité.
Une lecture rafraîchissante
Je donnais, un jour, un message à partir du texte du lavement des pieds de Jésus. J’avais devant moi une bassine d’eau pour intégrer un élément visuel à mon propos. Mais, voilà qu’une personne en situation de handicap se lève, met ses mains dans l’eau pour les porter à son visage puis dit ?: « ah, ça fait du bien ! » Il a été suivi par d’autres qui voulaient aussi ressentir physiquement cette eau qui fait du bien. Mon propos prenait racine dans le ressenti du corps. Le texte ouvrait une nouvelle perspective qui n’était plus intellectuelle, mais corporelle. Je l’ai depuis vécu de multiples fois, m’obligeant à dépasser ma pudeur pour penser ma pratique en intégrant la diversité des corps de chacun. Je me laisse questionner par l’autre qui m’est différent par des gestes, des signes, des regards, une approche qui puisse faire dire à chacun?: « ça fait du bien ! ».
Puissions-nous sortir de nos temps en Église en nous disant « ça fait du bien », là où tout l’être a été pris en compte, où la profondeur ne vient plus de la parole seulement, mais aussi de ce que chacun peut ressentir la communion avec Dieu dans son corps.
