Comment s’exprime la culpabilité

Tapie au fond de soi ou dévoilée publiquement, la culpabilité est le fruit d’un écart ressenti entre une norme et la réalité. Ses ressorts sont aussi complexes que ses expressions sont variées.

La culpabilité est un sentiment qui ne se décrète pas. Après le jugement d’un tribunal par exemple, une part importante du ministère de l’aumônier de prison peut consister à accompagner la prise de conscience de son délit par le prisonnier. À l’inverse, certaines personnes peuvent se sentir gênées même d’exister.

 

 

 

Une ligne de fracture

 

Dans tous les cas, l’expérience émotionnelle est désagréable. Elle naît du constat de la différence entre ce qui est et ce qui aurait dû être, que cela soit fantasmé ou factuel. Car la culpabilité peut concerner le psychisme d’une personne qui ne correspondrait pas à la vision qu’elle a d’elle-même, du sentiment d’échec d’un projet non abouti, d’un acte posé qui aurait franchi une limite ou un tabou, ou bien de la relation faussée avec une personne. Quelle que soit la dimension de l’être humain ainsi touché, il s’agit d’une fracture personnelle qui rend visibles la finitude humaine et le caractère inaccessible des autres. La culpabilité est donc un moteur de régulation sociale et un sentiment naturel avec lequel il faut compter dans une réflexion sur le pardon.

 

 

 

Intérieure ou extériorisée

 

La tension, l’anxiété ou l’agitation provoquées par la sensation de culpabilité peuvent s’exprimer dans différents registres. Sur un mode intérieur d’abord par la timidité, le remords ou l’autoaccusation, une personne peut sanctionner d’elle-même son impuissance à correspondre à ce qu’elle rêvait d’être ou à son absence de perfection. Se libérer de ces situations difficiles à vivre est, par essence, délicat, puisque le fautif, le juge et la personne qui pourrait pardonner sont un seul et même individu. Un travail centré sur l’inconscient est alors parfois nécessaire et demande un soutien extérieur. Le quasi-doublement des consultations auprès des professionnels de la santé psychique ces dix dernières années en est un signe caractéristique.

 

(© Domaine public)

 

 

 

Radicalité et insinuations

 

Mais, pour des natures moins intériorisées, cette tension trouve davantage son expression dans des attitudes tournées vers l’extérieur. La tension de culpabilité s’associe alors à une émotion fondamentale comme la peur, la colère ou la haine, qui génère des comportements de type « tout ou rien ». Au cours d’une conversation par exemple, vouloir se justifier est avant tout un symptôme de culpabilité. Lorsque celle-ci est associée à un sentiment d’impuissance, peuvent apparaître des modes d’expressions biaisés, comme de la manipulation ou des insinuations. C’est alors la perversion du sentiment de la faute qui dévie la culpabilité et permet un relâchement de la tension intérieure. Beaucoup de dénis ou de débats publics par exemple, qui ne laiseant pas la place à la contradiction, sont en fait basés sur cette structure perverse. Aborder la question de la responsabilité, voire d’un éventuel pardon, nécessiterait alors au préalable une reconnaissance du système mis en place, car comment pardonner ce qui n’apparaît plus comme une faute ?

 

 

 

Violence et provocations

 

Dans des situations extrêmes, le déni de culpabilité peut aboutir à de la violence. Nourries avant tout par un rejet absolu de la tension intérieure, provocation et violence font porter sur autrui la honte, le franchissement des limites ou la tension qui ne peuvent s’assumer. Ces dernières années, la médiatisation de ces actes, dans le cadre de combats antiracistes, écologiques ou féministes, a retracé des limites sociales fortes en valorisant le terme « abus » et marqué un tournant dans la prise en compte des risques liés à ces comportements extrêmes.

 

 

 

Le chemin d’un dialogue

 

La justice a souvent été saisie pour sanctionner les faits les plus ultimes. Son rôle est central, tant la chose jugée peut permettre la reconstruction d’une dignité humaine bafouée, l’énoncé d’une parole juste, l’ouverture d’un chemin de dialogue avec soi-même et avec la personne lésée. Ce support tangible peut servir de base à un pardon ou une parole de libération comme celle de l’évangile concernant la femme adultère : « va et ne pêche plus ».

 

 

 

 

 

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