De l’Accord de Nouméa à l’autodétermination

Le pasteur Jacques Stewart a participé à la mission de dialogue créée le 15 mai 1988 par le Premier ministre Michel Rocard après le massacre de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie. Mission qui a débouché sur la signature le 26 juin 1988 des Accords de Matignon.

L’Accord de Nouméa, signé au nom de l’État et au nom des partis indépendantistes et loyalistes en mai 1998, a consolidé les engagements des Accords de Matignon de 1988, appelant à la fin des violences entre communautés et camps politiques, qui avaient particulièrement marqué les années 1970 et 1980. Le processus de paix, de solidarité et de développement scellé par ces Accords n’avait heureusement pas été remis en question par l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yéiwéné Yéiwéné en 1989 sur l’île d’Ouvéa, lieu déjà marqué par le drame de l’année précédente. Pour rappel, quatre gendarmes avaient été tués au cours d’une tentative de vol d’armes, 16 autres retenus en otage dans une grotte, leur libération s’était soldée par la mort de dix-neuf Kanak et de deux militaires.

 

 

Recréer du lien entre les populations

 

Dans son préambule, l’Accord de Nouméa affirmait la nécessité de reconnaître les atteintes portées lors de la période coloniale à la dignité, à l’identité et à la culture du peuple kanak, entretenant un rapport particulier avec la terre, et les atteintes à ses droits et à son organisation sociale. L’Accord entendait refonder par la décolonisation un lien social entre l’ensemble des populations vivant sur le territoire, et poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant de constituer une communauté de destin commun.

 

Des experts soulignent que l’idée de destin commun, comme celle de souveraineté partagée avec la France, appliquée actuellement, aurait besoin d’être redéfinie et clarifiée sur le plan constitutionnel.

 

LE centre culturel Jean-Marie Tjibaou (© Famille Paul)

 

 

 

Pour une souveraineté partagée

 

Un temps de souveraineté partagée avec la France, ouvert par l’Accord de Nouméa, s’est concrétisé par le transfert progressif de compétences de l’État vers le territoire, dans les domaines de l’enseignement, de la formation professionnelle, de l’administration du domaine maritime, du commerce extérieur, de la circulation maritime et aérienne, des télécommunications, etc. Des réunions de comités de pilotage et du comité des signataires ont régulé ces transferts de compétences. Leur exercice a bénéficié de l’assistance financière, administrative et technique de l’État. L’Accord prévoit que les compétences dites régaliennes – justice, sécurité, défense, relations internationales, monnaie – seraient transférées à la Nouvelle-Calédonie dans l’hypothèse du choix d’une pleine souveraineté (indépendance) lors du scrutin d’autodétermination.

 

 

Ce choix prévaudra-t-il ou pas en novembre prochain ?

 

Il faut noter que la communauté kanak (environ 45 % de la population calédonienne) n’appartient pas toute au courant indépendantiste, et que le discours de celui-ci a évolué  depuis les années 80; nombre de ceux qui le représentaient sont devenus des acteurs importants du développement du territoire induit par les Accords.

 

Les 30 dernières années ont apporté une incontestable amélioration des réalités socio-économiques du territoire, mais des écarts subsistent dans la répartition ethnique des bénéficiaires de ce développement et du partage des richesses. La pauvreté subsiste dans les périphéries urbaines, celle de Nouméa en particulier. Une part de la jeunesse kanak en échec scolaire et sans travail s’installe dans la marginalisation, avec un sentiment d’échec et d’impuissance. Participera-t-elle au scrutin ?

 

Je souhaite que le scrutin du 4 novembre mobilise avant tout de nouvelles synergies pour affermir le vivre-ensemble en Nouvelle-Calédonie, dans la recherche prioritaire de la justice sociale. La parole et le service des Églises seront là, particulièrement importants pour l’avenir.

 

 

 

 

 

 

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