De l’aventure au plan de Dieu

Comment, autour de l’aventure d’Agar, “prise” et “donnée” à Abraham, Dieu trace sa promesse.

Une simple lecture de la tradition d’Ismaël dans le cycle d’Abraham (Genèse 12-25) permet de saisir un fait : la proposition de “donner” Agar à Abraham pour femme (Genèse 16.1-4) serait une simple aventure qui dénote l’envie et la convoitise. Cet acte fortuit est similaire au récit de la chute (Genèse 3.6). De part et d’autre on “prend” et on “donne” à son homme ce qui fait l’objet d’un désir charnel. La tradition juive note volontiers un lien étroit entre la nourriture et l’acte sexuel comme étant deux procédés essentiels pour assurer la continuité de la vie. Paul part de cette aventure pour faire la dichotomie entre Sarah et Agar (Galates 4.20-31).

 

L’annonce d’une naissance à Agar, identique à celle faite à Marie (© Wikimedia Commons)

 

 

 

D’une femme convoitée à une femme choisie

 

Mais l’aventure peut dévoiler les plans de Dieu. La naissance d’Ismaël exprime l’idée d’une promesse divine (Genèse 16.11 b). La proposition de Sarah devient une réalité dont Dieu se saisit au point où la promesse est narrée dans une coloration messianique, identique à l’annonce de la naissance de Jésus en Luc 1.30. Ce qui paraissait comme une simple aventure prend le sens d’une notice royale, comprenant généralement trois éléments : l’annonce de la naissance, l’indication et la signification du nom.

 

 

 

Un Dieu qui écoute l’affliction d’une femme

 

YHWH, le Dieu tutélaire d’Israël, est celui qui interfère dans les aventures des hommes. En Genèse 16.2, Abraham écoute la voix de Sarah, mais au v.11 c’est YHWH qui écoute l’affliction d’Agar, un écho au nom d’Ismaël, yîshemâe’l («?Dieu écoute?»). De la même manière, Dieu écoute les afflictions des Hébreux en Égypte. Le récit de la naissance d’Ismaël (Genèse 16) a été relu et complété par celui de son expulsion en Genèse 21, sans doute à l’occasion de l’édition finale du Pentateuque. Il est fort probable qu’à cette époque, l’adhésion au yahvisme reposait sur la filiation d’Isaac et de Jacob. Cependant, avec la tradition d’Ismaël, la vision inclusive sur les promesses divines a eu le privilège de se maintenir.

 

 

 

Nos aventures peuvent devenir des promesses divines qui répondent au plan de Dieu. Si, des «?pierres?», Dieu fait des descendants à Abraham (Matthieu 3.9), l’aventure de la naissance d’Ismaël peut être vue comme une préfiguration du message évangélique qui fait de tous les croyants des fils d’Abraham.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec beaucoup de pédagogie, Jean-Serge Kinouani montre que s’il a existé, au sein de la tradition d’Israël, un courant nationaliste qui a prôné la xénophobie, il existe aussi un autre courant qui a laissé une empreinte importante dans la Bible, en considérant que le Dieu d’Israël est le Dieu de tous les peuples et que tous sont invités à entrer dans son alliance.

 

Un ange du Seigneur se révèle par deux fois à Agar, une femme étrangère, pour lui assurer sa protection et lui tenir des propos très proches de ceux qui ont été adressés à Marie, mère de Jésus : voilà qui est étonnant?! En suivant l’analyse minutieuse que Jean-Serge Kinouani fait de ces textes, vous irez de surprise en surprise?!

 

Ismaël. Un patriarche inattendu, Jean-Serge Kinouani, Olivétan, 2019, 152 p., 15 €.

 

 

 

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