De la Genèse à Jésus-Christ

Genèse 3 met en évidence la peur de Dieu qu’éprouve l’être humain après avoir mangé du fruit interdit. Il se sait alors nu et vulnérable... condition humaine que le Christ viendra précisément épouser.

Le serpent avait promis au premier couple humain qu’en mangeant du seul fruit interdit du jardin mis à leur disposition, ils seraient comme des dieux. Mais, quand ils entendent la voix du Seigneur Dieu qui se promène dans le jardin au souffle du jour, l’homme et la femme se cachent au milieu des arbres des jardins. « Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : “où es-tu ?” Il répondit : “J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur, car j’étais nu et je me suis caché.” »

 

 

Peur de notre vulnérabilité

 

L’homme a peur parce qu’il a pris conscience d’une nudité, d’une fragilité, d’une vulnérabilité. Il découvre qu’il est un homme au sens premier du terme et qu’il ne correspond pas à l’image que le serpent avait proposée : « vous serez comme des dieux. » Au lieu de cela, l’être humain se découvre simplement humain. Lorsque Dieu s’approche de lui, la peur s’immisce dans l’être humain qui réalise sa différence d’avec Dieu. Alors qu’auparavant cette différence n’était pas un obstacle, pour l’homme elle devient un mur de séparation d’avec Dieu. Non pas parce que Dieu a changé, mais parce que l’être humain n’est plus à même de vivre paisiblement cette différence qu’il a voulu résorber.

 

Pas facile de faire confiance, quand on se sent si infime (© jarrmoluk pixabay)

 

 

 

Refus de la dépendance

 

Nous aimons être rassurés et nous aimons rassurer les autres parce qu’il y a, en chacun de nous, de la peur ou des peurs. Peur de l’inconnu, peur de ne pas être prêts à temps, de ne pas être à la hauteur… Cette peur se nourrit de plusieurs refus. Refus d’accepter en profondeur ce que nous sommes : des êtres totalement dépendants du monde qui nous entoure (que deviendrions-nous sans eau potable, sans le soleil qui fait mûrir le blé, sans oxygène ?) ; totalement dépendants des autres êtres humains (que serions-nous sans parents et sans éducateurs qui nous ont appris le vivre ensemble) ; totalement dépendants de Dieu (que serions-nous sans le commandement d’aimer Dieu et notre prochain comme nous même, sans la Grâce réparatrice, sans l’Espérance ferme ?) Oui, nous sommes nus et dépendants du monde, des autres et de Dieu lui-même. Et cela peut générer en chacun de nous une sacrée frousse tant que nous ne l’acceptons pas.

 

 

Jésus, vulnérable et mortel

 

Dieu considère cette nudité et cette dépendance avec bienveillance. En Jésus-Christ, il est venu vivre notre vulnérabilité pour qu’à sa suite nous l’assumions à notre tour. Le Christ assume pleinement unicité, faillibilité, finitude et nos multiples dépendances. Il a habité notre humanité pour que nous apprenions à la vivre comme lui l’a vécu en toute confiance, devant Dieu. Sur la croix, il a été exposé nu. Dieu, en Jésus-Christ, accepte ce que nous sommes : des êtres nus et dépendants. Pour lui notre fragilité est précieuse, comme celle de Jésus, et il nous appelle à l’assumer pleinement à notre tour, par le moyen de la foi.

 

La peur ne disparaît pas, elle demeure utile pour nous alerter des dangers. Mais elle ne peut plus se nourrir du refus de notre condition humaine. Elle prend moins de place dans notre vie et laisse grandir une paisible confiance en Dieu.

 

 

 

 

Pour aller plus loin :

 

Jean-Pierre Julian, Une juste relation à Dieu, Éditions Passiflores, 2017, 87 p., 12 €

 

 

 

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