Des chrétiens immémoriaux

Les coptes forment une petite minorité chrétienne très ancienne. S’ils furent persécutés pendant des années, avec l’interdiction d’occuper certains postes, des signes laissent entrevoir aujourd’hui l’espoir d’une vie en paix. Qui sont-ils et quelle est leur histoire ?

Le terme « copte » vient du mot grec qui signifie « Égypte ». Ainsi, pour le chrétien égyptien, il est difficile de concevoir son identité hors de sa terre et de ses ancêtres pharaoniques. D’ailleurs l’Égypte fut, selon un récit biblique, la terre de refuge pour la Sainte Famille ayant fui le massacre des enfants ordonné par le roi Hérode. « Nous sommes les premiers à avoir accueilli le Christ ! » peut-on parfois entendre de la bouche d’un copte fier de son identité. Quelques pèlerins se rendent au vieux Caire, dans le quartier copte, pour tenter d’y apercevoir des traces du passage de Jésus et de ses parents : un logement, une source ou encore un arbre auraient croisé leur chemin. La tradition copte raconte que la fondation de l’Église d’Égypte remonte à Saint Marc, l’un des quatre évangélistes, en l’an 43. Au iiie siècle, le monachisme chrétien apparaît en Égypte, jouant un rôle majeur au début du christianisme et exerçant une influence particulière au sein du pays. Des hommes se retirent dans le désert égyptien dans le but de vivre selon l’idéal évangélique. Ils prient et y travaillent de leurs mains. Peu à peu, d’autres vinrent se mettre à leur école. Les recherches archéologiques mettent en lumière la richesse et le foisonnement intellectuel de ces lieux. L’Égypte compte aujourd’hui une vingtaine de monastères, certes moins reculés dans le désert qu’autrefois, ce qui ravira les passionnés d’art, d’histoire et de foi.

 

© Eloïse Deucker

 

 

Être copte aujourd’hui

 

Encore aujourd’hui, la foi est omniprésente en Égypte : qu’elle soit chrétienne ou musulmane, il ne se passe pas une journée sans que le nom de Dieu soit prononcé au détour d’une conversation. Bien que l’Égypte soit un pays à majorité musulmane, les coptes (environ 10 % de la population) constituent la première communauté chrétienne du monde arabe. Le rite majoritaire est l’orthodoxie, mais les chrétiens d’Égypte peuvent également être catholiques ou protestants. La tendance « évangélique » trouve aussi une place grandissante dans le paysage religieux du pays. L’Église copte orthodoxe compte plus d’une cinquantaine de diocèses dont la plupart se trouvent en Égypte – les autres sont dispersés à travers le monde. En France, par exemple, on décompte environ 100 000 coptes orthodoxes à travers deux diocèses. Depuis 2012, le très respecté et écouté Tawadros II est le Patriarche de l’Église copte orthodoxe.

 

 

Entre tensions et espoir

 

Dès 1970, de graves agressions se produisent contre les coptes dans tout le pays : des Églises sont détruites, des magasins appartenant à des chrétiens sont saccagés. Durant de longues années, tout poste de direction dans l’administration était interdit aux chrétiens. Aujourd’hui encore, ils sont exclus des fonctions dans l’armée ou la police et construire de nouvelles églises, voire même les restaurer, se révèle extrêmement difficile. Le prosélytisme est interdit : les coptes ne peuvent pas témoigner publiquement de leur foi. Ainsi, les chrétiens égyptiens naviguent entre espoir et désenchantement : bien qu’ils subissent la progression du terrorisme au bord du Nil et à proximité de leurs frontières, bien qu’ils souffrent du contexte général qui reste critique et de la pauvreté qui ne recule pas, ils voient ici ou là des signes d’espoir. Le président Al-Sissi fut le premier président à assister à une messe de Noël en 2018, témoignant que la construction de la nouvelle cathédrale à New Cairo est « un message de paix et d’amour pour le monde ». Les lois changent peu à peu. Dans la vie quotidienne du Caire, si les tensions sont parfois palpables, la cohabitation entre chrétiens et musulmans est facilitée, et les discriminations sont moins prononcées. L’avenir reste incertain, mais le peuple égyptien se serre les coudes pour faire face.

 

 

 

 

 

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