Investir chrétiennement la fête de Noël ?

Entre culte de la consommation et rejet du religieux, de quelle façon pouvons-nous encore vivre Noël en famille, en Église, de façon authentique et profonde ? Christophe Singer nous propose une lecture de l’évolution de la fête de la Nativité.

Il n’y a pas si longtemps, la question aurait surpris. Malgré les dénégations, l’héritage chrétien de l’Occident était encore assez évident pour que l’on se souvînt, à l’occasion, que le mot « Noël » venait de natalis, « (jour) de naissance », et que c’est de Jésus qu’il s’agissait.

 

(© svitlana-unsplash)

Des évolutions sociétales

 

Un Jésus apprivoisé, certes : le mythe romantique de l’enfance innocente en avait fait le représentant des bons sentiments dont Noël devait être le catalyseur annuel. Fête de l’enfance, de la famille, de l’amour, des pauvres : les associations charitables cherchaient sous l’épaisseur des cœurs élevés dans le culte de la consommation quelques restes de compassion. On pouvait encore convoquer les mélodies des cantiques les plus connus à renfort d’arrangement sirupeux, afin d’émouvoir le quidam au rappel des Noëls d’autrefois.

 

Autrefois… quand on était soi-même enfant, fasciné comme le papillon par les lumières de la fête, percevant dans la douceur des chants et le parfum des bougies quelque chose de la vérité de l’existence qui prenait provisoirement le pas sur les contraintes habituelles. Ces veillées-là étaient marquées d’une joie teintée de tristesse, d’une fête qui n’est pas divertissement, mais plongée dans l’essentiel. Ce soir-là, les familles voulaient goûter la paix d’être ensemble. Les cadeaux venaient presque la troubler, cette paix, faisant piaffer d’impatience les plus jeunes. Ils étaient « en trop ».

 

Mais on les attendait quand-même fébrilement : la joie du Noël « authentique » était déjà mêlée de la jouissance anticipée de toutes les choses dont on pourrait se remplir. Le Père Noël était déjà arrivé d’Amérique avec sa hotte pleine de rêves préfabriqués.

 

 

 

Un déracinement chrétien

 

Depuis, l’Occident s’est détourné plus volontairement de ses « racines chrétiennes ». L’indifférence au christianisme s’est largement muée en hostilité, même dans les pays traditionnellement religieux. Autre interprétation possible : les sociétés occidentales se débarrassent des dernières écailles du vernis religieux que l’histoire a badigeonné sur des mentalités collectives qui n’ont jamais été chrétiennes, au fond. De Noël, elles ont gardé la morale (promotion des valeurs humanistes) mais n’écoutent pas (si tant est qu’elles aient jamais écouté) le message : Dieu est pour toi, pas contre toi.

 

Rien ne sert de vouloir regagner des parts du marché culturel pour restaurer une chrétienté imaginaire – d’ailleurs, la confiscation de Noël par le monde sécularisé n’est-elle pas un juste retour de l’histoire, le christianisme ayant lui-même « emprunté » la fête au syncrétisme solaire au 4e siècle ?

 

 

 

Une histoire

 

Par contre, que Dieu soit pour toi et non contre toi, c’est le dépôt de la foi évangélique, trésor de l’Église qui grandit d’être partagé. Partager un trésor est plus excitant que lutter pour survivre. Comment cela peut-il se faire ? Trois suggestions, toutes simples :

 

– Noël est un des rares moments de l’année où le culte peut rejoindre si explicitement la culture. Je pense à la musique : là où les talents existent, il est facile d’offrir du plaisir aux oreilles tout en offrant l’Évangile aux cœurs ;

 

– mais Noël est d’abord une histoire. Concrètement, des textes, qu’il vaut la peine de lire. Un des ingrédients des veillées de Noël familiales était la lecture du récit de la Nativité. Cela peut se faire en Église de façon fort simple, comme se pratiquent des lectures de la Passion le Vendredi saint. Une manière de replacer le récit biblique au centre de Noël ;

 

– et enfin, les récits bibliques de la Nativité ne sont pas assignés à une période de l’année : rien n’interdit de les lire en plein été, dans les paroisses touristiques. Une manière, en décalant Noël, de replacer sa joie dans le cours ordinaire de la vie.

 

 

 

 

 

#Dossier : En route vers un vrai Noël #Dossiers #Noël #Spiritualité

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil


La revue RESSOURCES nourrit et soutient l’engagement de ceux qui servent dans l’ÉglisesAbonnement à la revue RESSOURCES

Pour aller plus loin

Parler politique sans se déchirer
Protestantisme et politique
Parler politique sans se déchirer
Faut-il parler politique en Église ? Et si oui, comment éviter de transformer le débat en champ de bataille ? À l’approche de 2027, deux régions de l’Église protestante unie de France mettent la politique au travail synodal. En région parisienne : « Oser témoigner de l’Évangile dans un monde fracturé ». En Centre-Alpes-Rhône : « Église et démocratie ». Nous avons interrogé Samuel Amédro et Robin Sautter, présidents des deux conseils régionaux.
Respiration démocratique en Ariège
Dossiers
Respiration démocratique en Ariège
Dans le cadre de la formation permanente des pasteurs, le philosophe Olivier Abel a été à l’initiative d’un stage intitulé « L’ethos protestant et l’esprit de la démocratie ». Du 27 mai au 3 juin derniers, en Ariège, dix ministres se sont ainsi penchés sur les apports de la pensée protestante à la pensée démocratique.
Résister, perséverer : Exilés… l’accueil d’abord !
Dossiers
Résister, perséverer : Exilés… l’accueil d’abord !
Extrait du témoignage de Michèle, bénévole de l’AsPEC, en solidarité avec les migrants, paru dans le magazine Liens protestants de mai 2026.
Redonner goût à la démocratie
Dossiers
Redonner goût à la démocratie
L’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine s’engage pour une démocratie vivante.
Joël Dahan : « notre église conteste depuis longtemps les thèses de l’extrême droite »
Protestantisme et politique
Joël Dahan : « notre église conteste depuis longtemps les thèses de l’extrême droite »
Comme d’autres pasteurs de l’EPUdF et de l’Uepal, Joël Dahan se reconnaît dans la devise d’Ovide, Principiis obsta (« Résiste dès le début »). Nous en parlons avec le pasteur de l’Église protestante unie du Pays d’Aix-en-Provence.
Discerner les exigences de la foi
Protestantisme et politique
Discerner les exigences de la foi
« Que l’Église s’exprime plus souvent sur l’actualité ! », « Que l’Église se taise sur les sujets sociaux et politiques ! » : les avis divergent. Qu’en penser ?
Protestantisme et engagement public
Protestantisme et politique
Protestantisme et engagement public
Le champ public est consubstantiel à l’histoire, sinon à la raison d’être du protestantisme. Comme la question théologique posée par Luther et ses successeurs induit la régulation politique du pluralisme religieux, protestantisme et engagement public voguent de conserve.
Un pas de côté
À la découverte du protestantisme dans nos régions
Un pas de côté
L’été est souvent propice aux pas de côté. Rythme différent, parfois déplacement vers d’autres lieux que celui de son quotidien, propositions de ressourcement, découverte de nouvelles personnes, autant d’occasions de regarder la vie autrement et de se reconnecter à l’essentiel.
À la découverte du protestantisme dans nos régions
À la découverte du protestantisme dans nos régions
À la découverte du protestantisme dans nos régions
Depuis cinquante ans, la presse régionale protestante, forte d’une dizaine de titres, est au service du témoignage et du lien entre les protestants de nos territoires.