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Depuis la nuit des temps, Dieu entend les suppliques, les prières, les cris et les questions des croyants. Au sein du christianisme, comme dans d’autres religions, certains pensent que Dieu répond à ces questions. Pour les protestants, attachés à la Bible, les réponses ne peuvent venir que de l’Écriture. Martin Luther, au tout début en tout cas, invitait les croyants à lire par eux-mêmes les textes bibliques pour y trouver le sens qu’ils recèlent et les chemins de leur vie. La clé ouvrant à leur compréhension était simple : le Christ, sa vie, sa mort et sa résurrection. Tout était compris à la lumière de ce « canon dans le canon ». Mais les choses ne s’avérèrent pas si simples que cela.
Les réformateurs eux-mêmes s’affrontèrent sur bien des points. Certaines disputes demeurent jusqu’à aujourd’hui. C’est le cas de la question de l’égalité hommes-femmes. Sur cette question éthique, certains textes, comme le récit de la Création(1), sont cités par les tenants et les opposants de l’égalité. De quoi en perdre son latin ! De quoi surtout décourager de nombreux chrétiens à lire un corpus si discutable et si compliqué. De quoi même les pousser à lire des manuels éthiques simplistes écrits par des gourous en mal de prestige… et d’argent.
Une épaisseur
Vouloir trouver des réponses éthiques dans la Bible est problématique en soi.
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D’abord, parce que, comme le rappelle Thomas Römer à tous ceux qui sont tentés par une récupération de ces textes,la Bible n’est pas tombée du ciel, ces textes ont été rédigés dans des circonstances historiques bien différentes de celles de notre époque(2). Ensuite car ces textes,
![]() Revenir sans cesse aux textes, mais les replacer dans leur contexte (statue de Martin Luther à Wittenberg)
à l’image du Pentateuque, sont des textes de « compromis ». Ils réunissent en un même texte fondateur des perspectives théologiques divergentes sans imposer une seule lecture de ces divergences, mais laissant au lecteur le soin et la liberté de son interprétation. Il n’est donc pas possible d’en tirer une « vérité » éthique, imposable à tous. Enfin, il est problématique de demander des réponses à ce genre de questions que la Bible, bien souvent, n’aborde pas : le changement climatique, le nucléaire, le développement durable, la GPA, le clonage, le transhumanisme…
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Des questions
Pour autant, comme l’avait fort bien noté Jean Calvin, la Bible a partie liée pleinement avec l’éthique. Même si sa pensée a permis de structurer le développement économique et politique de Genève, l’éthique de Calvin,
Et lorsque Jésus donne des indications éthiques, elles ne sont pas toujours des invitations à une reproduction comportementale. Ainsi, dans sa réponse finale donnée au légiste venu s’enquérir auprès de lui de qui était son prochain(3), Jésus dit : Va et fais de même. Il n’est pas dit « fais ce que j’ai fait », mais « fais semblablement ». Invente ta pratique éthique au gré des situations et des temps. C’est à une véritable poésie éthique que le croyant est invité par Jésus.
(1) Genèse 1-3
(2) T. Römer, Les cornes de Moïse
(3) Luc 10
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fortement biblique, est d’abord celle de la métamorphose, de la sanctification du croyant par le Christ. Si la Bible n’est pas là pour répondre aux questions de l’homme, elle ne cesse de lui poser les questions qu’il ne se pose pas : Où es-tu ? Qu’as-tu fait de ton frère ? Où sont leurs dieux ? Qui dites-vous que je suis ? Que cherches-tu ?…
