Même si les analyses narratives actuelles soulignent la cohérence (1) entre les deux récits de création (Gn 1,1-2,4a et Gn 2,4b-3,26), pouvant laisser supposer un auteur unique, cela ne remet pas en question le contexte d’écriture de ces récits. Ils prennent leur source dans l’Exil à Babylone. « De cette déportation, le peuple d’Israël devait garder le goût amer d’une humiliation sans précédent. Il a perdu ses repères : sa terre, son roi et le Temple où il lui était possible de rencontrer Dieu (…) Il s’agissait [par ces récits] de donner de nouveau confiance aux déportés (…) Il s’agissait aussi de [leur] donner de nouveaux points de repères leur permettant de retrouver leurs racines et leur identité afin de résister aux tentations qu’exerçaient sur eux les cultes fastueux des divinités babyloniennes avec leurs mythes grandioses et leurs temples magnifiques. » (2)
Une création à partir de la Parole
À Babylone, les déportés ont entendu, à de multiples reprises, le récit babylonien relatant la création du monde. Ce poème a pu questionner leur foi, remettre en cause leur identité. Il était nécessaire de dire clairement quelles étaient les différences entre Yahvé et le panthéon babylonien. L’auteur du poème en fait apparaître trois. D’abord, les Israélites ont foi en un Dieu unique. Il est le seul créateur du monde, de l’humanité, de la nature et de ce qui la peuple. Le soleil, la lune ne sont donc pas des divinités, comme le proclamaient les récits babyloniens, mais de simples créatures.
En exil à Babylone, il était nécessaire de dire clairement quelles étaient les différences entre Yahvé et les dieux babyloniens.
Ensuite, le monde ne nait pas de la violence des dieux mais de la douce parole de Yahvé. Là où le poème babylonien de l’Énouma Élish racontait comment ciel et terre résultait de la séparation du corps de Tiamat, valeureux perdant du combat qui l’opposa à Mardouk, le récit de Genèse 1 évoque une création pacifiée où Yahvé ordonne le chaos par sa seule et simple parole. Enfin, les Israélites croient que Dieu a aimé l’homme au point de lui confier la responsabilité de la terre. Là encore, l’auteur du monde entend prendre ses distances par rapport aux mythes babyloniens. Ceux-ci donnaient comme mission à l’humanité « de servir les dieux en les hébergeant (temples) et en les nourrissant (sacrifices). Esclave, jouet des dieux, l’humanité est radicalement marquée par le mal » (3). L’auteur de Genèse 1, lui, donne à l’homme, au nom de Dieu, la responsabilité de la gestion de la terre.
Dieu dans l’Exil
L’Exil à Babylone fut ainsi le creuset d’une réflexion profonde pour Israël. Le peuple sut transformer cette épreuve en une dynamique de vie. Tel est d’ailleurs la force de notre Dieu : nous aider à transcender nos épreuves (Romains 12), jusque dans nos exils, pour qu’elles nous permettent de toujours mieux confesser notre foi dans notre monde.
1) Pendant très longtemps, la recherche sur l’Ancien Testament a souligné les différences entre les deux récits ; différences qu’elle a imputé à deux auteurs différents, issus de deux milieux distincts et ayant vécus dans des époques dissemblables.
2) M.-C. Petiau et B. Wiame, Parole et regards créateurs. Gn 1,1-2,4a [A l’école de la Bible 1], Lumen Vitae, Bruxelles, 2005, p. 11.
3) M.-C. Petiau et B. Wiame, Parole…, p. 11.
