Est-ce que je me fixe des limites lorsque je dessine ? Oui. La règle numéro un étant : le mépris est toujours une erreur. Je ne suis pas une adepte des caricatures assassines. Elles existent, donc, c’est bien la preuve qu’elles sont possibles, mais je ne les trouve pas drôles.
Une impertinence souhaitable
Se moquer pour rendre ridicule, c’est facile, blessant et cela ne m’intéresse pas. Je préfère rester dans une certaine bienveillance. Cela ne signifie pas que le dessin doit rester dans le politiquement correct et l’attendu, sinon c’est l’ennui assuré. Une caricature n’est pas une illustration et l’impertinence y est souhaitable. Cela m’est déjà arrivé de me dire que ce serait drôle de faire un dessin qui suggère exactement le contraire de ce que dit le dossier (et de le faire), tout l’intérêt du dessin étant de pouvoir être interprété de plusieurs façons différentes. Parfois malheureusement, l’impertinence n’est tout simplement pas acceptée et dans ce cas je ne propose pas de dessin (par exemple, le dossier sur l’islam juste après les attentats contre Charlie Hebdo…).
Dieu en image
Ensuite, face au sacré on pense tout de suite : « Vais-je dessiner Dieu ou pas ? » (Ô blasphème !) La réponse est oui. Je m’autorise à mettre Dieu en image tout comme le scribe s’autorise à le mettre en mot. Nommer Dieu, que ce soit « Dieu », « YHWH », « Allah » ou autre, c’est déjà personnifier et réduire ce qui est au-delà de notre entendement, mais c’est un mal nécessaire puisqu’il permet le partage de la pensée. Comment le dessiner ? Peu importe, du moment que les lecteurs comprennent, le plus facile étant de le représenter comme l’a fait Michel-Ange, en vieil homme barbu (plus c’est cliché, mieux c’est). Ou même juste la main, qui est reconnaissable. Ou bien parfois, même présent, il n’est pas besoin de le représenter car il peut être en dehors du cadre.
Quant aux tabous, l’intérêt du dessin d’humour est de s’y attaquer. Il n’y a pas vraiment de règles, mais le but est de friser le mauvais goût sans jamais y tomber, ce qui relève d’un travail d’équilibriste (peut-être pas toujours réussi, je le reconnais).
