L’importance de la parole

Éprouver de la peur n’est ni bien ni mal, c’est ce que nous faisons ensuite de cet « éprouvé » qui est de notre responsabilité. Il est donc essentiel de repérer et dire sa peur, et de comprendre d’où elle vient. Car si son origine vient d’une faille intérieure, il est possible et bon de s’en libérer.

 

 

Classiquement, on oppose la peur à l’angoisse. La peur serait déclenchée par un danger réel, extérieur et elle aurait valeur de signal nous permettant de déclencher nos processus de défense. L’angoisse quant à elle serait sans objet, sans objet réel de danger, déclenchée par un conflit pulsionnel interne au sujet, danger imaginaire qui peut se projeter sur une situation extérieure banale et ainsi la rendre menaçante pour ce sujet alors qu’un observateur extérieur la jugerait inoffensive. Cette opposition est souvent prise en défaut dans la pratique, mais pour la commodité de notre propos nous la garderons.

 

 

Repérer les dangers réels

 

Quand nous sommes confrontés à une peur liée à un danger réel, la culpabilité, la honte ou l’inhibition peuvent nous faire refuser cette perception : nous voulons l’ignorer, être fort, « même pas peur ». Le premier temps est donc de pouvoir reconnaître cette peur, de pouvoir la nommer pour soi-même et parfois pour autrui. Par exemple, dans une situation médicale d’urgence ou psychiatrique, face à un patient vécu comme dangereux, il faut pouvoir reconnaître notre peur, la dire au patient, lui dire que nous ne pouvons pas travailler si nous avons peur et surtout nous rappeler que celui qui fait peur a lui-même peur. Pouvoir lui dire notre peur ne le met pas en position de supériorité face à nous, mais diminue sa peur et donc sa dangerosité.

 

Réfléchir et parler de ses peurs, pour les dépasser (© pixabay) 

 

 

 

Interroger les peurs construites

 

Le plus souvent dans la pratique psy et en temps de paix dans nos pays occidentaux, nous constatons que c’est le sujet lui-même qui construit ses peurs : peur de l’autre, de l’étranger, de l’avenir, et toutes les peurs phobiques qui empoisonnent la vie de nombre de nos contemporains. Pour le phobique, l’objet de la peur apparaît bien réel et aucun observateur extérieur ne peut, voire n’a le droit de lui dire que cet objet ou cette situation est inoffensive. La multiplicité et la variabilité des objets ou situations phobiques indiquent que la résolution des phobies passe davantage par une interrogation sur le sujet éprouvant ces peurs que par la recherche de la signification inconsciente de l’objet phobique en cause. C’est toujours sur des failles narcissiques, sur des pertes d’estime de soi, sur l’impossible séparation avec le premier autre que se construisent des phobies.

 

 

La parole, antidote à la peur

 

Nous ne pouvons pas laisser gouverner nos vies par nos peurs, même si elles nous paraissent insurmontables. Ni notre éventuel premier mouvement de peur face à un étranger (oubliant que ce n’est pas l’étranger qui est dangereux, mais notre perception qui le rend tel) ni la peur phobique ne peut être laissées en l’état. Se dire que cette dernière est une maladie, une chose extérieure à soi sur laquelle on ne peut rien est une impasse de vie. Et ce n’est pas par un effort de volonté que ces peurs se dépassent, mais par un travail de réflexion et de parole avec un autre. En effet, il ne s’agit pas de s’habituer « à vivre avec », mais bien de s’en débarrasser comme nous le prescrit l’injonction biblique « N’ayez pas peur ».

 

Nos conflits et peurs internes non symbolisées, non représentées et non humanisées par la parole se projettent sur le monde extérieur et le rendent menaçant. La parole est le meilleur antidote à la peur et Freud aimait citer cette phrase d’un enfant qui avait peur du noir : « Il fait plus clair quand quelqu’un parle ».

 

 

 

 

 

 

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