La campagne n’est pas un long fleuve tranquille…

Les progrès scientifiques, les bassins d’emploi et de nombreux autres facteurs conduisent les protestants à investir massivement les grands centres urbains. La vie spirituelle s’organise autrement dans la «?campagne?». Mais les difficultés sont là.

Les communautés des campagnes ou des villes moyennes inventent une nouvelle façon de vivre l’Église. Ce surplus de vitalité est une nécessité pour ne pas être emportées vers le néant, la disparition, car les difficultés sont certaines. Les cultes autrement l’illustrent bien. Dans les grandes villes, ils sont une richesse. Laissant place à plus de musique, de spontanéité, de libre-échange, ils offrent une réelle respiration à la fois théologique et communautaire. Pourtant, cette respiration existe-t-elle encore lorsque le culte autrement n’est pas un choix, mais une contrainte ? Parce qu’on n’a pas de pasteur, parce qu’on ne peut pas offrir « plus », « mieux » ?

 

 

Renouvellement

 

Faibles numériquement, ces communautés ont par exemple de réelles difficultés à renouveler des équipes : conseil presbytéral, catéchèse, mission… La distance y est pour beaucoup. Mais l’Évangile est ainsi : là où les forces de mort abondent, la vie surabonde ! Ainsi, il n’est pas rare que ces petites paroisses aient plus de prédicateurs membres des communautés locales que dans les grandes villes. De même, un ancien professeur de Nouveau Testament en retraite dans la Drôme me racontait un jour qu’il était émerveillé par la force de sa petite communauté. Quand un paroissien décidait d’arrêter son engagement et que tout pouvait laisser penser que la communauté ne s’en relèverait pas, un lapin sortait du chapeau (du bon Dieu ?) ! Un fidèle se levait, au nom de l’Évangile, et reprenait le flambeau.

 

Le travail du conjoint est souvent un obstacle aux mutations pastorales

 

(c) Nicolas Boutié

 

 

 

Désengagement

 

Même si une certaine vitalité demeure, il reste que ces paroisses, plus encore que celles de grandes villes comme Toulouse ou Bordeaux, ont des difficultés à attirer des pasteurs. Sans doute parce qu’elles ne possèdent ni grands pôles universitaires ni offre culturelle de qualité. Et bien souvent, ces villes de campagne n’ont pas non plus d’emploi à proposer aux conjoints des pasteurs. C’est le principal nœud du problème ! Comme en général les deux partenaires du couple travaillent et il faut que, lors du déplacement, les deux puissent continuer à travailler. Certaines communautés ont intégré cette donnée et proposent désormais, en même temps qu’un poste pastoral, une offre d’emploi au conjoint.

 

Ajoutons que certaines communautés de campagne, mal desservies par le réseau routier et ferroviaire, n’ayant qu’une faible activité et ne pouvant proposer d’emploi au conjoint, sont très souvent pourvues par défaut. Elles deviennent des « spécialistes » du proposanat ! Et c’est négatif tant pour le proposant que pour l’Église locale. Le proposant vit cet « amerrissage » un peu comme un second baptême. Du feu celui-là ! Il découvre l’Église par une réalité qui, très souvent, ne lui donne pas envie de revenir (en campagne). Alors qu’en fait les postes de ville, à deux ou à plusieurs, sont parfois plus difficiles à gérer que les postes de campagne… Et la communauté accepte des personnes qui ne correspondent pas forcément au projet qu’elle souhaiterait voir mis en œuvre…

 

 

 

 

 

 

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