L’Église de demain

L’Église protestante unie de France doit-elle se réformer et comment, pour faire face aux défis de sa présence dans les zones rurales ? La présidente du Conseil national, Emmanuelle Seyboldt et le secrétaire général, Didier Crouzet, nous ont confié leur vision.

Frédéric Genty : Quel est le poids des paroisses rurales dans l’Église unie ?

 

Emmanuelle Seyboldt et Didier Crouzet : Il est presque impossible de répondre à cette question, tant le choix des critères est complexe. À la suite du vœu du synode national 2015, le Conseil national a ouvert une réflexion : pour être une Église de témoins, faire communauté, aujourd’hui et demain, en contextes urbain et périurbain, de dissémination, de terroirs protestants. Elle se poursuit encore aujourd’hui.

 

Dans cette perspective, identifier les paroisses rurales n’est pas pertinent. La question est plutôt, pour chaque Église, de savoir comment créer une communauté et témoigner. Pour cela il existe autant de situations locales auxquelles il faut s’adapter que d’Églises locales et paroisses ! S’il existait, le critère « paroisse rurale » ne serait qu’un sous-ensemble de ces deux questions posées à l’ensemble de l’Église. Car la distinction est malaisée. Est-ce qu’il ne faut prendre que les paroisses dont la sociologie est rurale, où celles qui sont dans des zones rurales, mais dont les membres vont régulièrement en ville ou enfin, parle-t-on de paroisses disséminées ? Et encore, dans ce dernier cas, la dissémination peut être vécue de manières très différentes.

 

Emmanuelle Seyboldt (c) DR

F. G. : Cela ne pose-t-il pas la question de l’adaptabilité du ministre ?

 

E. S. et D. C. : Effectivement, il n’existe plus de modèle de vie d’Église. Chaque paroisse doit inventer sa manière de se rassembler, d’annoncer la Parole et de vivre la diaconie selon ses propres atouts. Le pasteur doit être à l’écoute de la réalité locale. La commission des ministères, les présidents de conseil régional et inspecteurs sont attentifs à l’articulation entre le projet de l’Église locale et le profil du pasteur qui peut être appelé dans ce lieu.

 

F. G. : Quelles sont les pistes mises en œuvre pour adapter l’Église à ces nouveaux enjeux ?

 

Didier Crouzet (c) DR

E. S. et D. C. : Toutes ressortent de la solidarité même si elle prend des formes différentes. D’abord, dans les ensembles, deux à quatre conseils presbytéraux mutualisent leurs forces sur des zones regroupant de l’urbain et du rurbain (à la fois rural et urbain). Ensuite, le travail pastoral par dominante est une solution choisie par certaines paroisses comme à Bordeaux, Montpellier, Toulouse, ou Grenoble. Cela augmente l’aspect collégial du travail avec le conseil presbytéral et encourage les mandats locaux. Enfin, les ministères régionaux de solidarité, comme en région Cévennes–Languedoc-Roussillon ou Centre-Alpes-Rhône, portent aussi du fruit. Les missions sont ponctuelles, mais aident les Églises à trouver de nouvelles formes de présence.

 

F. G. : Existe-t-il d’autres projets ?

 

E. S.et D.C. : Les idées du recueil Des outils pour notre Église, distribué par la coordination évangélisation-formation, ne demandent qu’à être adaptées suivant les contextes. À la campagne ou à la ville, nous sommes renvoyés à la question « Comment être Église ensemble ? » pour témoigner de l’Évangile aujourd’hui.

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