Le cercle vertueux de la confiance

Dans une société où la performance est le modèle, tout ce qui fait obstacle à la « réussite » devient menaçant : nos limites ou la présence des autres. Le regard que Dieu pose sur nous invite à sortir de ces peurs.

La société occidentale est anxiogène, lit-on régulièrement dans nos journaux. Chômage, terrorisme, crise écologique : autant de préoccupations qui poussent à avoir peur de demain et d’aujourd’hui, de l’inconnu qui passe, de l’étranger qui vient et même du collègue croisé chaque jour au travail. La peur peut amener à voir en chacun un potentiel concurrent, un possible adversaire, un éventuel ennemi… Elle peut conduire à ne pas tendre la main, à ne pas initier, ne pas vouloir la relation. La peur crée le repli sur soi. Pour Martin Luther, qui a initié le mouvement de la Réforme, un tel repli, un tel recroquevillement sur soi était la définition de l’homme pécheur.

 

La peur crée le repli sur soi (© pixabay)

 

 

 

Se battre contre des moulins…

 

La peur est plus rationnelle qu’on ne le prétend. Elle s’enracine dans notre difficulté à gérer nos limites et nos fragilités. Certains les refusent, et notamment les deux plus fondamentales : celle de la non-maîtrise et celle de la mort. Ils refusent d’accepter que les choses, les événements et les hommes échappent à leur contrôle. Ils voudraient pouvoir tout maîtriser, que le monde s’organise autour de leur seule volonté. Rêve d’un pouvoir divin… Ils refusent aussi que la vie puisse avoir une fin. Ils rêvent d’éternité divine… Ces limites majeures connaissent, comme en musique, des accords mineurs. Pour l’une, c’est le refus d’accepter l’interdépendance, l’impossibilité de s’abandonner à quelqu’un, de faire confiance, tout simplement. Pour l’autre, c’est le refus de reconnaître et d’accepter ses faiblesses, ses défauts, toutes ces imperfections qui font qu’un homme n’est qu’un homme.

 

 

 

… ou changer de regard

 

La plupart des hommes ont du mal à gérer les limites humaines. Ils sont écrasés par leurs faiblesses, recroquevillés sur leur sentiment d’échec incessant, enfermés dans leur culpabilité. Leurs fragilités les enfoncent dans un manque cruel de confiance en soi. Celui-ci agit comme un prisme déformant le regard qu’ils portent sur les autres, sur eux-mêmes et sur le monde. Or, nous nous trouvons au croisement de plusieurs regards : celui des autres, le nôtre et… celui de Dieu. Si les deux premiers peuvent nous enfermer dans une peur paralysante, le dernier vient nous libérer. Dieu nous regarde et nous accepte : comme nous sommes et malgré ce que nous sommes. Ce regard que pose Dieu sur chacun de nous nous permet d’accepter nos limites et nos fragilités.

 

Reste, comme le disait Paul Tillich, un théologien allemand du XXe siècle, à « accepter d’être accepté », sans mérites, sans condition et en dépit du fait que l’on se sente inacceptable. Ou que l’on nous ait fait croire à une telle ineptie… La confiance reçue nous libérera non seulement de la peur, mais aussi de notre difficulté à faire confiance.

 

 

 

 

 

 

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