Le scoutisme, acteur de changement

Dans les années 60, M.L. King a beaucoup œuvré pour lutter contre les discriminations aux États-Unis. Comment les ÉÉUdF, mouvement de scoutisme protestant ouvert à tous, continue ce combat. Alexis Guerit, président de la commission Vie Spirituelle du mouvement, répond à nos questions.  

Martin Luther King s’est engagé contre les discriminations, le racisme et la ségrégation aux États-Unis. On peut dire que ce combat n’a pas de fin. Comment le continuez-vous dans votre mouvement ?

 

 

 

Alexis Guerit : Trois choses me viennent à l’esprit.

 

D’abord, l’idée d’une révolte légitime. Dans les ÉÉUdF, nous pensons que l’homme ne doit pas subir le monde : il peut le transformer. L’homme est acteur du changement. La vie de Martin Luther King le montre. Il est le témoin d’une résistance face aux injustices. C’est une filiation qui a du sens pour nous, la posture qu’il incarne face au monde est très actuelle.

 

Ensuite, bien évidemment, King est un homme d’Église, un homme de foi. Cette foi n’enferme pas, elle engage. King, en tant que personne, il s’engage dans la société au nom de l’Évangile. Il représente là aussi une figure importante pour le mouvement. Martin Luther King est à la fois un témoin de l’Évangile et un résistant dans la société.

 

Dernier élément, le scoutisme porte dans son fondement la conviction qu’on est plus fort et plus intelligent à plusieurs que tout seul. Nous avons besoin des autres. Le scoutisme, c’est l’école pratique de l’Évangile. Mon prochain n’est pas un adversaire mais quelqu’un avec qui j’ai à collaborer. Cet élément relationnel est aussi quelque chose qui permet de lutter contre les discriminations.

 

 

 

Martin Luther King n’a cessé d’étendre sa lutte. Il a appelé derrière lui les Indiens, les Portoricains. Aujourd’hui, quels sont les domaines où il vous semble important et urgent d’agir ?

 

A G : Il faut défendre une inclusion globale. Le scoutisme est une proposition pour chacun, quelles que soit sa religion, son orientation sexuelle, son origine sociale, sa couleur de peau. Appartenant au premier mouvement d’éducation populaire, le scoutisme défend aujourd’hui le droit aux loisirs pour tous. Il y a des enfants qu’on prive de ce droit partout dans le monde : parce qu’ils sont dans la misère, qu’ils subissent la guerre et connaissent l’exil. Un exemple auquel je pense : le redéveloppement du scoutisme en Irak. La présence du scoutisme permet à des filles et des garçons de s’engager pour la paix dans leur pays. Ce sujet doit aussi nous interpeller en France : c’est pourquoi nous favorisons l’accueil des migrants dans nos groupes à travers le projet karibu.

 

 

 

Dans les discriminations faites aux femmes, les ÉÉUdF sont fortement mobilisées ?

 

A G : C’est fondamental pour nous d’avoir un espace où chacun peut se construire en tant qu’individu, un espace de liberté où il n’a pas à reproduire les schémas de domination de la société. Ce sujet est central. On assume le fait, aux ÉÉUdF, d’évoquer cette question du genre, de l’égalité homme-femme, de la sexualité, des violences faites aux femmes. On a une commission qui réfléchit à ces questions et a même élaboré un dossier destiné à toutes les tranches d’âge du mouvement en 2018.

 

 

 

Quel rôle joue les moments spirituels dans cette lutte contre les discriminations ?

 

A G : Notre conviction fondamentale est qu’il faut ouvrir un espace pour témoigner de ses doutes et de ses convictions par une lecture accompagnée de la Bible. Il convient de légitimer la parole, de dire : Ta parole vaut quelque chose, la parole de l’autre aussi. Chacun a droit au respect de sa pensée. Celle-ci n’est pas figée. Il est possible d’évoluer, de changer d’avis.

 

 

 

Propos recueillis par Christophe Jacon

 

 

 

 

 

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