
Quand je suis arrivé dans la région Sud-Ouest, un des premiers temples typiquement protestants dans lequel je suis entré fut celui de Vabre (Tarn). Tout y était impressionnant : l’espace, le rappel des tables de la Loi, l’orgue (tenue par Madame Lys) et… la chaire. Gigantesque ! Elle répondait parfaitement à l’impératif protestant : que l’orateur soit vu et entendu de tous. Comme le disait Paul Reber : La chaire doit être visible de toute l’église. Nous voulons une église pour la prédication dans laquelle l’orateur peut être bien vu et entendu clairement de tous les côtés. C’est pour cela que les chaires furent disposées en hauteur (quitte à provoquer quelques torticolis aux fidèles !)
Les bancs
Les bancs furent disposés tout autour de la chaire. Dans certains édifices, les bancs forment un arc de cercle. C’est le cas du temple de mes villégiatures, Meyrueis (Lozère). C’est le cas aussi de celui d’Anduze ou de Rochefort (Charente-Maritime). Certaines communautés ont opté, elles, pour le quadrangle choral, selon l’expression de B. Reymond. Les bancs forment un rectangle autour de la chaire. C’est le cas du temple de Viane (Tarn) ou celui de Bordeaux-Mérignac (Gironde). Comme le souligne Patrick Cabanel, cet agencement est pensé : dans cette disposition, (…) les regards se croisent entre fidèles et ne vont pas seulement des fidèles au pasteur. C’est inscrire le peuple chrétien dans l’espace du sacerdoce universel. Dans le visage de l’autre, chaque fidèle est à la fois appelé à y reconnaître le visage du Christ (Mt 25) et celui du frère (pour lequel le Christ est mort 1 Co 8,11).
L’abat-voix
La chaire haute est souvent dotée d’un abat-voix, habituellement très travaillé. Celui d’Hunspach (Bas-Rhin), par exemple, est magnifique. Il est de coutume de penser qu’il amplifie la voix du prédicateur et sert ainsi la Parole. Les études acoustiques montrent qu’il n’en est rien. L’objectif de cet ornement en forme de couronne ou de baldaquin est proprement théologique. Comme le souligne B. Reymond, il accentue le caractère royal de la prédication. Il vient rappeler que, de la chaire, se fait entendre le Roi des rois !
La table de communion
La hauteur de la chaire avait aussi une autre fonction. Souvent, en dessous des chaires hautes, il était possible de trouver de petites tables de communion. Autant la chaire est imposante, importante, dégageant une certaine force, autant la table de communion est fragile, discrète. Le message est clair : l’annonce de la Parole est plus importante que la pratique du sacrement !
La sono
Ces chaires hautes et imposantes avaient cependant un défaut : elles éloignaient le pasteur de l’assemblée. Aussi, au XIXe siècle, elles furent bien souvent abandonnées au profit de simples ambons ou pupitres. Cela permettait au pasteur d’être sur le même plan que les fidèles. Mais le changement ne fut pas sans conséquence. Non seulement le pasteur était moins visible, mais il fut surtout moins audible, et cela d’autant plus que la formation pastorale avait abandonné la rhétorique et donc la diction. Il était dès lors nécessaire d’amplifier la voix de celui qui devait être entendu, avec tous les problèmes que cela pose dans des temples qui n’ont pas été pensés ainsi. Chaque communauté est confrontée aujourd’hui à ce problème et doit le résoudre du mieux qu’elle peut, avec les moyens qui sont les siens, en bricolant et en pensant le tout en fonction de l’annonce de la Parole, comme nos ancêtres.

