Être à la fête… ou pas : Noël des injonctions

Chaque fin d’année, la même litanie revient : « Fêtez Noël », « Faites plaisir », « Soyez ensemble ». Messages publicitaires et discours familiaux font de cette date un sommet de joie obligatoire. Pour beaucoup, ce scénario est irréel : la joie, devenue devoir, se change en fardeau ; la fête, en examen de conformité.

Noël, c’est aussi un pic de pression financière. Selon une étude publiée en janvier 2024 par Rosaly et la Fédération Crésus, près de six Français sur dix se retrouvent à découvert après les fêtes et 45 % d’entre eux déclarent que cela se reproduit chaque année. En cause, d’abord, les cadeaux, cités par 67 % des sondés comme principal facteur de déséquilibre budgétaire. Pour tenir, beaucoup anticipent un découvert de quelques centaines d’euros ; d’autres recourent au paiement fractionné ou au crédit à la consommation. Les ménages modestes sont en première ligne : selon un sondage Ifop pour Dons solidaires (2020), un parent sur cinq a déjà renoncé à acheter des cadeaux, faute de moyens. Le message implicite est pourtant clair : pour « être de la fête », il faut participer au rituel d’achat ; s’en abstenir expose à la honte sociale. 

 

 

 

Une joie obligatoire

 

Mais la pression ne s’arrête pas au portefeuille. Noël est aussi une norme affective : table parfaite, famille unie, réconciliation générale. Ce récit sert trop souvent de standard émotionnel. Or nombre de personnes passeront la soirée seules – environ 15 % des Français, selon les estimations croisées de l’Insee et de la Fondation de France – et d’autres vivront la réunion familiale comme une épreuve quand deuils, conflits ou distances rendent la convivialité impossible. Comme le souligne le psychologue Sébastien Dupont, « Noël vient avec une injonction sociale à s’aimer. Il faut correspondre à l’image rêvée des fêtes, suintant de cohésion ». La norme joyeuse, quand elle s’impose, fabrique des perdants : celles et ceux qui ne cochent pas les cases du « bon » Noël, pour qui les fêtes sont plus un moment à surmonter qu’à célébrer. 

 

Face à cette uniformisation, l’Ecclésiaste offre une parole de liberté : « Il y a un temps pour tout… un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner » (Qohélet 3.1-8). Pourquoi Noël nous imposerait-il le même rythme et la même émotion ? La sagesse biblique rappelle l’irrégularité des saisons humaines : prescrire la joie à date fixe, c’est parfois nier la vérité du moment et la dignité des existences blessées. On peut aimer Noël et, la même année, ne pas être prêt à l’habiller de paillettes. 

 

 

La précarité de Dieu

 

Pour un regard chrétien – protestant –, la tension n’est pas secondaire. Nous ne célébrons pas un idéal de réussite, mais une naissance dans la précarité : Dieu se fait chair dans la pauvreté d’une étable, l’anonymat d’un village, la vulnérabilité d’un enfant. L’Évangile ne commande pas d’être heureux sur consigne ; il invite à reconnaître une lumière qui « brille dans les ténèbres » (Jean 1.5), parfois très discrète. Le cœur de Noël n’est pas la performance festive, mais la présence qui relève. Cette lucidité n’ôte rien à la fête : elle aide à discerner ce qui relève de l’Évangile et ce qui relève du décor. 

 

Desserrons l’étau des injonctions. Il y a un temps pour rire et un temps pour pleurer, un temps pour aimer et être aimé, et un temps pour être seul sans honte. Osons aussi une économie de Noël qui ne blesse ni les budgets ni les consciences : moins d’objets, plus de liens ; moins de vitrines, plus de visages. La joie ne se décrète pas ; elle se reçoit. Et parfois, elle se murmure. Le reste peut attendre. La grâce n’a pas besoin d’électricité.

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