Ruth est une Moabite, une étrangère donc, qui trouvera une place dans le pays et parmi le peuple puisqu’elle deviendra l’arrière-grand-mère du roi David. Néhémie, fonctionnaire du roi perse, demandera à aller à Jérusalem après le retour de l’Exil afin d’accélérer la reconstruction du Temple, de la ville et de ses remparts. Il en deviendra le gouverneur et « purifiera » le service du Temple et le peuple (Ne 13,30). Même si le livre de Ruth commence par « au temps où les juges », beaucoup pensent que ce livre a été écrit au moment du retour de l’exil. Il est une contre-proposition aux relations à vivre avec les étrangers, et en particulier les femmes étrangères. En s’éloignant du contexte historique (le temps des Juges), cette narration se permet de contredire les réformes de Néhémie. Néhémie et Ruth dateraient donc d’une même période. Le « peuple » rentre d’Exil et trouve dans le pays tous ceux qui y sont restés pour travailler la terre. Ils ont continué leur vie sur place. Ils se sont mariés et ont eu des enfants avec leurs voisins, la population autour d’eux, sans se soucier de la « pureté du sang » chère à Néhémie. Ceux qui sont restés ont vécu et vivent dans une société où tout le monde peut avoir du pain, une terre et des enfants et où une femme étrangère peut porter l’avenir du peuple, comme le montre le livre de Ruth. Ceux qui rentrent, eux, cherchent à réorganiser la société et tentent de se (re)donner une identité de peuple. Ils le font en se repliant sur eux-mêmes et sur leurs lois, en se séparant des autres, en se protégeant des étrangers. C’est tout le projet de vie en tant que peuple, ensemble, qui n’est pas le même et la place donnée aux femmes étrangères est une petite partie des désaccords mais combien révélatrice de la place accordée à l’autre, au différent, à la diversité en général.
