Transmettre ou témoigner

Rentrons dans le vif du sujet : pourrait-on parler d’une panne de la transmission intergénérationnelle dans notre Église ?

 

Je ne peux pas parler d’une panne de transmission. Le croyant ne transmet pas aux autres sa foi. C’est un concept qui ne correspond pas au protestantisme. On peut transmettre des valeurs, des règles morales. On ne transmet pas la foi. La panne de la transmission, toutes les institutions la vivent, toutes les Églises. Même dans les Églises évangéliques la question se pose. Il y a un difficile passage entre ceux qui se sont convertis et leurs enfants.

 

Si pendant des décennies nous étions tenus par une forme de contrôle social, le brassage mondial des pensées, des influences, a conduit à remettre en question « le cadre ». Interroger ces cadres, que ce soient ceux de l’Église, ceux de la pensée théologique, ouvre à une grande liberté et invite à trouver ou retrouver l’essentiel : la foi.

 

Mais cette foi ne se transmet pas, c’est à la personne seule d’expérimenter cette rencontre. Une rencontre, donc, personnelle avec Dieu qui la conduit sur le chemin de la foi.

 

Je ne souhaite donc pas parler de transmission, mais plutôt de témoignage. Et ce témoignage de la foi est à mettre en avant.

 

On connaît la discrétion protestante, en Églises locales, il est parfois difficile de témoigner hors du lieu de culte. D’où cela vient-il ?

 

Quand je suis en visite dans les Églises locales, ce que j’entends c’est une certaine culpabilité : « nos enfants ne sont pas là ». Ces Églises passent beaucoup de temps à réfléchir à ce problème de panne de transmission. J’entends leur peine, leur culpabilité, mais je leur dis : « vous n’y êtes pour rien, ce n’est pas vous ».

 

La société a beaucoup changé, nous sommes tous embarqués dans un bateau qui parfois peut prendre une mauvaise direction, mais individuellement, nous ne sommes pas coupables.

 

Cette culpabilité bloque, elle nous fait regarder vers le passé et empêche de se tourner vers l’avenir. Une certaine pudeur, une éducation un peu stricte n’ont pas permis de parler de sa foi, de témoigner auprès de ses enfants. C’est ainsi. La douleur du changement est forte et pourtant il faut opérer une transformation pour nous retrouver au cœur de l’Évangile.

 

L’Église au niveau national communique beaucoup sur le témoignage. Cela peut-il aider les Églises locales dans leur changement ?

 

La volonté est d’impulser de nouvelles choses, de donner de nouveaux outils. On entend les difficultés, on les connaît même, mais le but est de revenir au cœur de l’Évangile. Il faut avoir confiance dans le Saint-Esprit qui bouleverse tout.

 

Certaines Églises protestantes semblent plus fortes dans leur transmission ou leur témoignage. Peut-on s’en inspirer ?

 

On a beaucoup à apprendre entre protestants, en particulier la manière dont les autres vivent leur foi. Beaucoup de choses sont liées à une éducation, une culture et je tiens à ma culture réformée. Mais, je veux me laisser interpeller par d’autres protestants, leurs contenus théologiques, leurs formes de cultes… Je m’interroge, soit je ne garde pas, soit je bouge. J’ai été marquée par les temps de louange plus longs dans les Églises évangéliques, et quand je le peux, j’utilise ces grands moments de louange, c’est ce que le Seigneur nous appelle à faire, rendre grâce.

 

Il faut s’interroger sans perdre qui nous sommes. Cet « œcuménisme » peut beaucoup nous apporter comme il leur apporte aussi.

 

Et pour conclure, qu’est-ce que vous voudriez laisser comme message ?

 

De très belles choses se vivent en Église locale. De très belles idées voient le jour. Une seule question doit nous animer : « Aujourd’hui, qu’est-ce que l’Évangile nous conduit à vivre ? »

 

Si on ne cherche pas à se recentrer sur cette question, on va droit dans le mur.

 

Mais aujourd’hui, j’ai pu constater que cette interrogation est remise au centre des Églises locales. De toute façon, ce n’est pas nous qui conduisons l’Église et j’ai confiance dans le pilote.

 

 

 

 

 

 

 

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