Un synode entre traditions et innovations

Si pour certains le synode sur la famille a accouché d’une souris, pour d’autres l’attention du pape François à la situation des divorcés remariés ou des homosexuels est signe d’un renouveau du côté du Vatican. Bertrand Dumas préfère, lui, insister sur la tension entre ces deux pôles : tradition et innovation.  

Bertrand Dumas est professeur de théologie systématique au Centre théologique de Meylan (Isère) et par ailleurs conseiller conjugal. Il souligne l’aspect novateur de la démarche synodale mise en œuvre par le pape François pour traiter du thème de la famille : une consultation large du peuple de l’Église à deux reprises, avant chacune des sessions du synode. Pour autant, il aime à rappeler que cette démarche est inscrite dans la tradition de l’Église catholique romaine : « Ce qui concerne tout le monde doit être travaillé par tout le monde », même si les derniers siècles avaient rompu avec cette méthodologie. « Cette sollicitation a été accueillie avec surprise et avec joie. Mais dans la plupart des diocèses, nous avons été pris de court par les délais nécessaires à l’organisation de cette réflexion dans les paroisses… Nous n’avons pas cette habitude de la consultation… »

 

L’assemblée des évêques lors du synode sur la 

 

famille, en 2014

 

(c) wikicommons

 

 Un jeu d’équilibre à retrouver

 

Pour Bertrand Dumas, ce jeu de tensions entre innovation et tradition est également à découvrir dans les fruits de ce synode, et en particulier dans l’encyclique Amoris Lætitia qui en est issue. Certes, le dogme n’a pas bougé et les règles sont rappelées en vue de l’idéal d’une vie conjugale et familiale catholique. Mais l’encyclique fait en même temps place à l’attention due aux réalités vécues par les hommes et les femmes de notre monde. « C’est passionnant, parce qu’on n’est pas dans la simple règle d’un “oui” ou d’un “non” à dire, mais dans l’accompagnement des personnes et des circonstances, en invitant au bien qui est à la portée, un pas à la fois ! »

 

 

 

Conjuguer les bases et la nouveauté

 

Certes, le chapitre 4 de l’encyclique rappelle les bases traditionnelles du dogme catholique. Mais, la nouveauté était bien présente tout au long de la démarche : par l’attention au contexte et au décalage parfois trop grand avec les situations vécues par les personnes, par la personnalité du pape François et sa liberté de ton héritée de sa tradition jésuite, par la redécouverte d’une tradition théologique éthique, longtemps passée au second plan, derrière le rappel du dogme. La question de l’équilibre à trouver reste entière dans le temps de la réception de ce texte qui s’ouvre dans les diocèses tout comme la question de l’accompagnement qu’il faudra mettre en œuvre dans les paroisses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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