Une urgence plus qu’une vocation : Aider et être aidé, un équilibre difficile

Soutenir un proche qui n’est plus autonome dans sa vie quotidienne n’est pas forcément aisé. Consacrer un temps de sa vie à cette tâche relève parfois plus de la décision d’urgence que de la vocation, même s’il existe des aides. 

Le terme «proche aidant» est apparu en 2005 dans le contexte de l’accompagnement par une personne vivant sous le même toit de personnes âgées en perte d’autonomie. Puis, en 2015, la loi élargit la compréhension à l’entourage des personnes en perte d’autonomie, incluant ainsi le conjoint, le partenaire pacsé, un parent, un allié ou une personne résidant avec elle. Ces proches aidants apportent une aide régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes de la vie quotidienne. 

 

 

 

Un service souvent involontaire 

 

Dans les faits, il s’agit de prendre acte d’une évolution sociétale. La plupart des familles vivaient jadis sous le même toit, entre générations. Les anciens gardaient les plus jeunes et lorsqu’une maladie ou une infirmité frappait un proche, les solutions de soutien se trouvaient naturellement au sein de la cellule familiale.  

 

Ce temps est révolu, chaque enfant qui s’établit en couple désirant un toit qui lui soit propre. Chaque génération adulte se retrouve donc seule et, en cas de besoin, l’aide à la personne est donc plus difficile à mettre en place. Il arrive bien souvent que l’un des plus proches, pour faire face à une situation devenue urgente, se rende libre pour se tenir à côté de la personne dépendante. Certains suspendent leur activité professionnelle pour des congés, d’autres viennent juste donner un coup de main et se retrouvent dans une situation imprévue à assumer sur le long terme. Car beaucoup le disent: leur fonction de proche aidant n’était pas souhaitée au départ, elle leur fut souvent imposée par une proximité affective ou une filiation de laquelle ils ne pouvaient se détacher.  

 

 

 

Une charge mentale colossale 

 

«C’est pour un temps, on va trouver une solution». La conscience d’une situation passagère explique qu’une grande partie des aidants ne se reconnaissent pas comme tels au regard de la loi. Pourtant, la charge à assumer est souvent colossale et demande une aide extérieure, voire une formation, que dispense parfois les services sociaux et sanitaires du département.  

 

Bien sûr, l’État français propose des solutions, via des associations, des temps de répit en institution ou une forme d’indemnité qui se rapproche d’un salaire. Une réflexion du gouvernement a été relancée en octobre 2023 pour étoffer encore la loi et mieux reconnaître la fonction d’aide, en rapprochant son statut précaire de celui de métier temporaire. Mais pour le proche aidant, le souci est aussi personnel; la charge mentale et physique est lourde, elle implique les dimensions physique, psychique, sociale et spirituelle. L’aide apportée touche alors au sens de la vie et peut impliquer une souffrance importante due à l’engagement de nombreuses personnes au-delà de leurs forces.  

 

 

 

L’implication spirituelle 

 

Si la collectivité reconnaît donc et prend en compte l’engagement des proches, les sacrifices sont souvent importants: perte d’emploi, impossibilité d’une vie personnelle indépendante, isolement des réseaux d’amitié. Tout cela se met en place au cours d’une évolution lente, la meilleure illustration en étant le retour à la vie normale: le proche aidant peut alors ressentir un vide important exigeant un accompagnement.  

 

Ce cadre pourrait paraître bien sombre, beaucoup de lacunes existant dans la reconnaissance et la prise en charge des aidants. Mais la plupart des aidants témoignent du sens de leur action avec un sourire qui illumine leurs cernes: «Je redonne une part de ce que j’ai reçu», «On ne peut pas laisser les gens comme ça», «On n’a jamais été aussi proches». Ces mots disent la force de l’engagement et du témoignage qu’il porte.  

 

Certaines actions sont bien sûr à proscrire, par exemple lorsqu’il s’agit de voir un parent nu, diminué ou insultant. Toucher à l’intimité de ceux qui nous ont donné le jour n’est jamais neutre. Peut-être les paroisses sont-elles alors à même de faire une priorité de l’accompagnement de ces aidants, en permettant des temps de répit ou en accompagnant spirituellement les personnes engagées. 

 

 

 

 

 

#Dossier : Aider son proche au quotidien #Dossiers

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil

À la découverte des protestants en région

Pour aller plus loin

L’homme qui a vendu le monde
Les réseaux sociaux et l'Église 2.0
L’homme qui a vendu le monde
Les réseaux sociaux se proposent de répondre à des besoins qu’ils ont amplifiés et transformés. Retour sur l’histoire de Facebook, modèle de tous ceux qui existent aujourd’hui.
Un fil à la patte
Les réseaux sociaux et l'Église 2.0
Un fil à la patte
Il peut paraître paradoxal à l’ère de la connexion sans fil de se sentir à ce point relié, ficelé et presque entravé, par notre pratique des réseaux sociaux. Cette camisole numérique, est-il possible de s’en extraire ? Quelque chose en nous résiste, qui ne va pas de soi et évoque la dépendance, voire l’addiction.
Pasteurs du dimanche
Les réseaux sociaux et l'Église 2.0
Pasteurs du dimanche
Pasteurs du dimanche est une initiative née du désir de transmettre l'amour des écritures en format vidéo courte, publiée toutes les semaines. Mais avec l'évolution des réseaux sociaux, s'adapter devient un défi.
Derrière le fil, la machine
Les réseaux sociaux et l'Église 2.0
Derrière le fil, la machine
On continue de parler de « réseaux sociaux », comme si ces plates-formes servaient d’abord à voir ce que publient nos proches. Ce n’est plus tout à fait vrai. À la sociabilité des débuts s’est ajoutée une logique plus « parasociale », centrée sur des créateurs suivis par des abonnés. Puis les contenus eux-mêmes sont devenus les vraies unités mises en concurrence. Sur TikTok, Instagram, YouTube ou Facebook lui-même, ce qui structure d’abord l’expérience, ce n’est plus le réseau de relations, mais le flux de contenus recommandés.
Ingérences étrangères
Les réseaux sociaux et l'Église 2.0
Ingérences étrangères
L’élection présidentielle américaine de 2016 a révélé au monde entier l’ingérence russe à travers les réseaux sociaux. Des opérations de déstabilisation qui n’épargnent pas les démocraties européennes, malgré des tentatives de régulation.
Quand l’Église Protestante Unie de France défie les algorithmes
Les réseaux sociaux et l'Église 2.0
Quand l’Église Protestante Unie de France défie les algorithmes
Entre nécessité de visibilité et quête de sens, l’Église protestante unie de France (EPUdF) a massivement investi les réseaux sociaux. Si la présence numérique est devenue un pilier du témoignage chrétien au XXIe siècle, elle soulève aujourd’hui des interrogations éthiques majeures : peut-on réellement évangéliser par écrans interposés sans y perdre son âme ?
Se sentir appelé
Faire face au manque de pasteurs
Se sentir appelé
Un dimanche – j’avais une douzaine d’années – j’ai lu durant le culte le texte biblique, à la demande du pasteur. À la sortie, un homme qui m’était inconnu, est venu me serrer la main : « Monsieur, vous serez pasteur ou avocat ! »
Former des animateurs de culte et des prédicateurs laïcs
Faire face au manque de pasteurs
Former des animateurs de culte et des prédicateurs laïcs
Aujourd’hui, nous manquons de pasteurs : la plupart des églises locales vivent au moins une vacance pastorale. La solution : des cultes dominicaux assurés par des paroissiens ?
Les ministères particuliers à l’UEPAL
Faire face au manque de pasteurs
Les ministères particuliers à l’UEPAL
L’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal), dont les pasteurs sont rémunérés par l’état, n’échappe pas à la baisse des effectifs pastoraux. Pour y faire face, elle a notamment mis en place des ministères particuliers.