Veufs et veuves dans la Bible

Dans l’ouvrage du Père de Vaux, Les institutions de l’Ancien Testament, qui reste une référence, sur les 60 pages consacrées aux institutions familiales, une demi-page seulement est consacrée aux veuves. Pourtant, les veuves sont au cœur de nombreux textes bibliques…

Qu’en est-il des veuves dans les textes bibliques ? Les codes de lois et règles et les écrits des prophètes indiquent que la situation des veuves était difficile. En Exode 22.21, on lit – après qu’il ait été question des émigrés : « Vous ne maltraiterez aucune veuve ni aucun orphelin. » Deutéronome 10.18 indique que « Dieu rend justice à l’orphelin et à la veuve et aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. » Le cas des veuves est presque toujours cité en même temps que celui des orphelins et des immigrés, avec parfois rappel du fait que le peuple a connu la détresse en Égypte.

 

 

Une conscience de la situation difficile des veuves

 

Parmi les recommandations et récriminations des prophètes, on peut citer les injonctions d’Ésaïe (1.17 et 1.23) qui, après avoir parlé du droit des orphelins, parle de la défense de la veuve, de même que Jérémie (7.6) qui déclare : « n’exploitez pas l’immigré, l’orphelin et la veuve ». Ézéchiel dénonce l’exploitation de l’orphelin et de la veuve (22.7) et Zacharie (7.10) rappelle : « la veuve et l’orphelin, l’émigré et le pauvre, ne les exploite pas ».

 

Dans la liste que Job dresse de ses actions bonnes, au chapitre 29, il cite, après avoir parlé des pauvres et des orphelins et des mourants qu’il assiste, les veuves à qui il rendait la joie du cœur (verset 13).

 

Il y avait donc une conscience de la condition difficile des veuves, principalement pour des raisons économiques, mais qui découlaient du statut général inférieur des femmes, particulièrement défavorable aux femmes seules. Elles dépendent toujours d’un homme, leur père puis leur mari. Quand elles sont veuves, elles n’héritent pas de leur mari sauf en l’absence d’un héritier mâle. Elles restent attachées à leur belle-famille, ne serait-ce que par les règles du lévirat (Deutéronome 25.5-10), ou elles retournent dans leur famille où elles dépendent de leur père (Genèse 38.11, Lévitique 22.13). Quand il n’y a plus ni famille ni belle-famille, la situation peut être catastrophique.

 

Les veuves dans la Bible symbolisent les situations d’inégalité et d’injustice

 

(© Foudry / Pixabay)

 

 

 

Des veuves qui prennent en main leur vie et leur peuple

 

C’est confirmé par les textes narratifs. Tamar est la veuve d’Er, aîné de Juda. Le rédacteur de la Genèse (38.6-29) la déclare « juste » alors qu’elle a obtenu par ruse sa place de génitrice dans la lignée de Juda. Voilà une veuve qui garde une part de contrôle de sa situation. La veuve de Sarepta est très pauvre, mais elle accueille, loge et nourrit le prophète Élie. Elle sait aussi le solliciter fermement quand son fils tombe gravement malade (1 Rois 17.8-24). Ce sont trois veuves qui sont présentées au début du livre de Ruth : Noémie et ses belles-filles, Orpa et Ruth, qui habitent au pays de Moab. Noémie prend son destin en main, en retournant dans son pays d’origine, dans la tribu de Juda. Et Ruth fait un choix décisif, contre les habitudes, en quittant son pays d’origine et en suivant sa belle-mère. Elles luttent contre leur dénuement et agissent pour trouver place et sécurité matérielle dans la famille de Noémie. Toute l’histoire est racontée avec l’idée que ces deux femmes ont confiance dans le Seigneur. Le cas de Judith, dans le livre deutérocanonique qui porte son nom, est bien différent. Elle est la seule veuve de la Bible dont on nous dit qu’elle était riche, très riche même (Judith 8.7). Elle est une femme d’action et de foi, qui non seulement mène sa vie, mais prend aussi en charge le destin de son peuple.

 

 

Des femmes qui font face, symbole de justice

 

Parmi les évangélistes, c’est Luc qui présente le plus de veuves dans ses récits. Il est le seul à parler de la prophétesse Anne, âgée de 84 ans et veuve depuis longtemps (Luc 2.36-39). Après Syméon, elle accueille Jésus et ses parents au temple de Jérusalem et est la première à parler de Jésus autour d’elle. On ne sait rien de ses conditions de vie sinon que celle-ci est marquée par le jeûne et la prière. On ne sait rien de la situation matérielle de la veuve de Naïn qui s’apprête à enterrer son fils unique, mais le récit laisse entendre que la situation sera lourde. Les entrailles de Jésus en sont remuées (Luc 7.11-17). Dans la parabole du juge qui se fait prier longtemps (Luc 18.1-8), la veuve qui peine à obtenir justice est certainement en difficulté matérielle, mais elle lutte. Quant à la veuve qui met deux toutes petites pièces dans le tronc du temple de Jérusalem (Luc 21.1-4), il est évident qu’elle est très pauvre. Son geste, simple et humble, révèle une personnalité forte et admirable. L’image de ces quelques veuves est positive. Presque toutes en difficulté sociale et matérielle, elles ne sont pas passives ; elles font face, avec détermination et ouverture aux autres et à Dieu.

 

 

Les veuves restent aujourd’hui victimes de solitude

 

Cette image positive se trouve encore dans la Première Lettre à Timothée (5.13-16). Les veuves âgées et sans charge de famille ont dans la communauté un ministère reconnu. Elles persévèrent, nuit et jour, dans les supplications et prières, exercent l’hospitalité, lavent les pieds des membres de la communauté, assistent les affligés et sont appliquées à toute bonne œuvre. Elles forment un groupe bien repérable. Les jeunes veuves, elles, sont priées de se remarier.

 

 

Que retenir de l’ensemble des données bibliques sur les veuves ? Il me semble que les informations données au sujet des veuves sont relativement transposables aujourd’hui. Les veuves ne sont-elles pas encore victimes des inégalités entre femmes et hommes ? Peut-être même sont-elles plus victimes qu’autrefois de la solitude ? En tout cas, elles étaient et restent, pour une grande part d’entre elles, admirables d’énergie et de courage.

 

 

 

 

 

 

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