Ainsi, par leur emprise fascinante, les écrans ont envahi nos maisons, notre quotidien et notre bien-être. Il n’y a pas si longtemps, il était possible de distinguer nettement le monde extérieur et l’intimité du foyer familial. Le soir venu, ou le week-end, chacun quittait sa vie extérieure pour rejoindre cette précieuse vie familiale ou amicale, théâtre de bonheurs partagés, d’échanges passionnés, de contradictions parfois véhémentes et pourtant toujours édifiantes. Mais voilà que le monde extérieur s’incruste absolument partout, chacun allumant son smartphone pour consulter ses notifications, ou même dans un esprit partageur, communiquer informations, anecdotes, faits divers, sketches, vidéos diverses. Au détriment de ce qui se vit “en live” – c’est-à-dire dans la vraie vie, face à face, tête-à-tête ou côte-à-côte : les yeux dans les yeux, de la bouche à l’oreille, dans le sourire de connivence ou le toucher de la main. »
Cette réflexion de François Garagnon m’interpelle alors que le dossier de ce numéro s’intéresse aux réseaux sociaux et à l’Église 2.0. À vouloir courir à tout prix derrière la modernité, ne court-elle pas le risque de se désincarner. Jean-Philippe Lepelletier, dans un article paru dans Le Ralliement de mars 2025 pour servir de préparation à notre réflexion consistoriale sur la communication, nous rendait déjà attentif : « Comment chaque outil numérique que j’utilise me permet d’incarner au mieux ce que je veux transmettre ? » Voulons-nous une Église à l’image de la couverture retenue pour ce numéro ? Des êtres humains, certes… mais isolés, solitaires, individualistes, qui vivent par écran interposé une communauté virtuelle ou une vie kidnappée par les marchands de clics et de likes.
Retrouvons à nouveau François Garagnon : « Notre vie mérite d’être vécue, et notre quotidien d’être incarné à travers nos propres pensées et perceptions sensibles, nos attentions dédiées, nos actes engagés, nos élans personnels… Rejoignons notre maison [et notre Église – NDLR] où se cultive le bonheur d’être ensemble… » Alors osons vivre l’Église, notre Église.
