11 novembre 1942, une date affligeante dans la mémoire des Héraultais. Une nouvelle épreuve pour eux, qui s’inscrit dans une longue liste. Après celle de la mobilisation générale de septembre 1939 venue frapper les hommes, alors en pleine vendange pour la plupart. Après celle de la « drôle de guerre » et de la défaite humiliante face à l’Allemagne nazie. Après celle de l’absence pesante des hommes mobilisés faits prisonniers et envoyés en Allemagne. Après celle de la signature de l’armistice le 22 juin 1940 qui sépare le pays en deux zones : la zone occupée et celle dite « libre ». Après celle de la chute de la IIIe République et de sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et l’avènement d’un nouveau régime, l’État français, qui, sous l’égide du Maréchal Pétain, préfère « Travail, Famille, Patrie ».
Le département de l’Hérault à l’heure allemande
Cette succession d’événements traumatisants a secoué la population. Les conditions de vie sont devenues difficiles. Les Juifs, les étrangers, les francs-maçons mais également les communistes, boucs-émissaires du nouveau régime, subissent des discriminations infamantes. Les fonctionnaires doivent se soumettre et font l’objet d’une reprise en main. Les Héraultais voient leur quotidien se compliquer : déplacements limités et contrôlés, pénuries nombreuses, ravitaillement difficile, distractions rares, presse censurée, propagande intense. Et voilà qu’en représailles du débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone sud jusque-là soumise à la seule administration de Vichy.
C’est par Béziers qu’arrivent les premiers convois ferroviaires chargés de soldats allemands. En deux jours, les principales villes sont occupées : Agde, Béziers, Sète, Montpellier. Et l’occupant s’installe avec sans-gêne, imposant la satisfaction de ses besoins. Pour les cantonnements des troupes et l’installation des services administratifs, le dévolu est jeté sur les immeubles les plus prestigieux : villas, hôtels particuliers, hôtels de tourisme, demeures bourgeoises. Leurs occupants sont priés de laisser place. La zone côtière est évacuée pour des raisons stratégiques. Il n’est pratiquement plus possible d’accéder aux plages ni aux terrains de culture, où mines et batteries d’artillerie s’imposent. Les clochers de certaines églises constituent des postes de guet appréciés au détriment du respect dû à ces monuments parfois classés historiques. Des hôpitaux et cliniques privées sont contraints d’évacuer leurs malades au profit des services de santé et patients allemands. Les militaires français doivent se replier à Millau et céder leurs casernes à l’occupant. L’administration préfectorale française, et plus précisément le service des réquisitions et des relations franco-allemandes, s’interpose entre les troupes d’occupation et la population, mais n’a pas d’autres choix que de s’exécuter. Les quelques réclamations exprimées ne récoltent que l’indifférence des autorités allemandes. À l’image des Héraultais qui doivent apprendre à cohabiter et à supporter les conséquences de cette présence, la communauté protestante doit faire contre mauvaise fortune bon cœur.
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Demande de réquisition de l’État-major allemand et sa traduction en français, 25 et 27 octobre 1943. Documents conservés aux Archives départementales de l’Hérault (France), sous la cote 16 W 159
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Une occupation du temple mais respectueuse
Le temple de la rue de Maguelone n’est pas épargné. Le pasteur Herberger, aumônier de la Marine des troupes d’occupation, se met en rapport avec les pasteurs Genet et Boisset. En septembre 1943, le pasteur Herberger convient d’une indemnité de 150 francs par mois en compensation des frais de gaz, d’électricité et de nettoyage. Mais il demande aux services de la préfecture de lui confirmer le montant proposé. Le préfet répond au chef de l’État-major supérieur de liaison allemand : « […] j’ai l’honneur de vous faire connaître que les montants forfaitaires mensuels de 100 frs pour l’utilisation de l’orgue et consommation électrique et de 50 frs pour nettoyage sont normaux et peuvent en conséquence être pris en charge par l’unité intéressée ». En octobre 1943, l’État-major supérieur de liaison adresse à la préfecture une demande de réquisition : « Des services religieux pour la place, des concerts d’orgues et des réunions religieuses ont été organisées […] en accord avec l’administration de l’Église Réformée, dans le Temple de la rue Maguelone, 25. […] Je vous prie de réquisitionner le Temple lui-même pour 8 cérémonies mensuelles et la salle pour le même nombre de réunions – cela, avec effet du 1 janvier 1943 ». C’est au maire de Montpellier qu’il revient de délivrer l’ordre de réquisition, ce qui est fait le 15 novembre 1943. Mais le pasteur Boisset, en tant que président du conseil presbytéral, doit se rapprocher des services préfectoraux pour déterminer l’indemnité de réquisition qui sera due. Une convention est signée qui établit les conditions d’utilisation des locaux à compter du 1er janvier 1943 : usage du temple pour les cultes allemands, en respectant les horaires des cultes français, une fois par mois et de la salle du consistoire une fois par semaine, utilisation des orgues par un organiste professionnel. Le conseil presbytéral, en sa séance du 27 janvier 1944, estime le montant de l’indemnité de réquisition à 400 frs mensuels. Le trésorier effectue les démarches nécessaires auprès du service des réquisitions et des relations franco-allemandes. Le dossier est transmis fin avril 1944 à la commission départementale d’évaluation des réquisitions allemandes chargée de définir le montant définitif de l’indemnité. Dans son rapport d’enquête, la commission départementale émet les observations suivantes en février 1945 : « Bien situés sur une des plus grandes artères de Montpellier, le temple et la salle du conseil n’étaient occupés que périodiquement par les troupes d’occupation. Le culte pouvait être poursuivi les autres jours par les adhérents français. Toutefois, compte tenu de cet usage intermittent, compte tenu également de l’utilisation des orgues, la valeur locative de ces locaux peut être fixée à 4 800 frs ». La commission départementale confirme cette somme dans son avis rendu le 9 avril 1945. La somme de 6 667 frs est mandatée par le service de liquidation des dépenses d’occupation, qui a succédé à la Libération au service des réquisitions et des relations franco-allemandes, en application de l’arrêté préfectoral du 4 septembre 1945. Cette somme correspond à 270 jours d’occupation entre le 1er avril 1943 et le 20 août 1944.
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Formulaire de demande d’indemnisation (juin 1945) avec décision préfectorale (septembre 1945). Document conservé aux Archives départementales de l’Hérault (France), sous la cote 16 W 159.
Si l’Église Réformée a dû faire preuve de patience avant de toucher effectivement cette indemnité, elle n’a pas eu à déplorer de dégradations ou de dommages, ce qui n’a pas été le cas le plus fréquent.
Bibliographie : Hérault de guerre 39-45, un département au cœur du conflit, Archives départementales de l’Hérault, le Papillon rouge éditeur, 2021.
Source : fonds des services préfectoraux en charge de l’Occupation et de la Libération (16 W), Archives départementales de l’Hérault [inventaire en cours de révision].
Conversions des sommes en anciens francs d’après le convertisseur de l’Insee :
150 frs = 41,58 €
400 frs = 110,87 €
4 800 frs = 1330,46 €
6 667 frs = 1847,96 €
