La mise en lumière de récits souvent méconnus est utile à la compréhension de la diversité des héritages composant l’histoire commune. L’exposition, également présentée à Pontarlier et à Besançon, comprend une quinzaine de panneaux reprenant dates et faits marquants, ainsi que plusieurs galeries de portraits de musulmans français, certains convertis à l’islam, ayant des parcours remarquables.
Dans ses mots d’accueil, Ekici Orhan, président du CDCM a insisté sur le besoin de construire une société apaisée, juste et fraternelle, malgré les préjugés anciens et actuels. Le maire de Valentigney a dit être fier d’accueillir cette exposition importante dans le contexte présent.
Jamel El Hamri, commissaire de l’exposition, a expliqué les périodes médiévale (711 à 1492), moderne (Empire ottoman), contemporaine (Bonaparte et l’Égypte avec le courant orientaliste) et le XXe siècle (mémoire douloureuse de la guerre d’Algérie, engagements des soldats musulmans dans les guerres mondiales). L’enjeu de ce travail est de souligner la vocation citoyenne face aux préjugés, au racisme, en montrant la complexité de l’histoire, avec des mots phares comme fraternisation, résilience, mémoire, reconnaissance, déconstruction des mythes, hommage à la fraternité.
Marc Dahan, de la communauté juive, a dit « l’importance de la connaissance des histoires respectives » rappelant « l’utilité des approches pédagogiques, à l’exemple des visites de lieux de cultes à Belfort pour combattre préjugés et racisme ». Le prêtre catholique Jean-Marie Baertchi a fait part de son expérience des « trente-cinq ans de rencontres musulmans, juifs, chrétiens qui ont permis d’apprendre à se respecter et à s’aimer ; l’amitié est encore à développer pour comprendre et partager ensemble ».
Le pasteur Marc-Frédéric Muller, inspecteur ecclésiastique, a relevé que « si nous nous côtoyons, nous nous connaissons assez mal. Cette méconnaissance est parfois liée à l’indifférence, elle n’est pas incompatible avec le respect des autres, libres de pratiquer leur culte mais cela peut aussi faire le lit de la méfiance et de la peur. Il a exprimé l’attention que l’Église protestante unie porte au monde musulman. Les relations entre protestants et musulmans ont une longue histoire, comme Pierre-Olivier Léchot l’a montré dans son ouvrage Luther et Mahomet. De Luther à Herder, de Michel Servet à Pierre Bayle on peut retracer cette passion protestante pour l’islam, faite de répulsion et de fascination ». Pour sa propre tradition, le pasteur Muller a dit que « notre première exigence est de cultiver le meilleur de ce que nous avons reçu, cultiver la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, qui me montre en chacun et chacune sans distinction ni discrimination, une personne à aimer. C’est là ce qui est constitutif de notre identité chrétienne singulière. La seconde exigence, qui s’impose à nous c’est d’être au service des autres afin qu’ils cultivent et partagent ce qu’ils ont de meilleur, une vision qui cultive les voies de l’universel. Je souhaite formuler un vœu, l’espoir que nos traditions spirituelles, dans le respect et la reconnaissance, puissent contribuer à la plus grande générosité des autres ».
© Badreddine Hambli
© Éditions du Cerf
