© DR
L’aide alimentaire : une porte d’entrée vers le bénéficiaires
Depuis sa création en 1906, l’association a toujours eu pour activité principale l’aide alimentaire aux familles démunies. En 2000, elle a bénéficié du don des locaux dont elle dispose aujourd’hui, à la suite de la dissolution de l’association « Retour à Reims », créée en 1918 pour accompagner la réinstallation des habitants après la destruction de leur ville lors de la première guerre mondiale.
Lorsque la municipalité a voulu en 2011, au moment de la création de l’Épicerie sociale, coordonner et centraliser les différentes associations qui intervenaient dans l’aide alimentaire (Croix-Rouge, Secours Populaire, Secours Catholique), le constat était simple : la seule structure disposant des locaux suffisants et du savoir-faire était l’Entraide protestante.
Depuis lors, tous les bénéficiaires sont orientés par les autres associations et par les prescripteurs sociaux vers l’Entraide protestante. Aujourd’hui, pou moitié, les bénéficiaires sont envoyés par les assistantes sociales de quartier ou du Centre Communal d’Action Sociale (en attente que leur inscription à l’Épicerie sociale soit traitée), et pour moitié, ils proviennent de Centres d’Hébergement et de Réhabilitation Sociale, adressés par une lettre de leur travailleur social référent.
© DR
Les deux publics se mélangent lors des 155 permanences de distribution de colis organisées trois jours par semaine. Chaque année, ce sont 34 000 colis-repas qui sont préparés par les bénévoles, soit 245 tonnes d’aliments dont 60 % de produits frais.
À partir de cette aide alimentaire concrète, l’Entraide a développé progressivement des services complémentaires pour répondre aux besoins connexes des bénéficiaires. Une salle « pause café » est accessible aux bénéficiaires, avec la présence de bénévoles formés pour un moment d’écoute et de convivialité. L’Entraide assure également des aides ponctuelles en faveur des familles, des étudiants ou des personnes âgées, ainsi que des ateliers d’aide à la recherche d’emploi ou sur des thèmes du quotidien : nutrition et santé, consommer moins mais mieux, savoir gérer son budget…
Le coin vestiaire est devenu une véritable boutique avec cabine d’essai et conseils de relooking, notamment pour les démarches de retour à l’emploi. Une bénévole propose des massages assis sur un siège ergonomique permettant un lâcher-prise très apprécié, même par les messieurs ! À ces services s’ajoute la mise à disposition d’un lave-linge pour permettre aux personnes à la rue de rester propres et dignes. Ces activités et le cadre bienveillant dans lequel elles sont proposées contribuent autant à la recherche d’emploi qu’à améliorer l’estime de soi !
C’est dans cet élan que l’Entraide a initié un projet d’espace bien-être regroupant ces services, et en y ajoutant un salon de coiffure. Le Prix Charles Gide a attribué une dotation de 4000 € pour ce projet qui se concrétisera dans les locaux existants.
© DR
La mobilisation des bénévoles : une énergie à renouveler
Depuis ses débuts, l’Entraide protestante de Reims s’est appuyée sur l’engagement de bénévoles issus de l’Église protestante et sur le soutien de familles rémoises. Les évolutions structurelles des années 2000 et la professionnalisation de l’action sociale ont toutefois conduit au recrutement de salariés.
Depuis huit ans, Élodie Franck a développé une organisation favorisant l’implication des bénéficiaires comme bénévoles. Après un temps de discernement, ceux qui le souhaitent rejoignent une équipe dont ils représentent aujourd’hui les trois quarts des effectifs. Ce fonctionnement favorise les échanges, la rencontre et la remise en question des préjugés. Des ateliers-débats et des projets participatifs, comme la réalisation de fresques, renforcent cette dynamique collective.
La coordination de ces équipes aux profils très divers est essentielle. Élodie Franck privilégie un management fondé sur la co-construction, l’écoute et la participation de chacun. Face à un contexte social parfois plus tendu, les bénévoles bénéficient également de formations à l’écoute et à la gestion des conflits afin de pouvoir accueillir tous les publics dans de bonnes conditions.
Un ancrage maintenu avec le protestantisme
Après 120 ans d’existence, l’Entraide demeure profondément ancrée dans le protestantisme. La moitié des administrateurs sont paroissiens, le président est traditionnellement issu de la paroisse, l’assemblée générale se tient au temple et un pasteur, logé dans les locaux, assure un accompagnement pastoral des bénéficiaires qui le souhaitent.
Si les dons des paroissiens ont diminué, l’association est aujourd’hui principalement financée par les collectivités publiques, avec le soutien de partenaires privés comme la Fondation du Protestantisme et la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP). Cette dernière constitue également un réseau précieux d’échanges, de formation et de partage d’outils.
En se réinventant sans renier ses racines, l’Entraide protestante de Reims continue d’agir auprès des plus démunis. Son engagement repose sur la participation des bénéficiaires, la fidélité à son identité protestante et sa capacité à répondre aux besoins émergents, autant d’atouts qui expliquent sa longévité.
